Un an après le gigantesque incendie qui a ravagé les Corbières le 5 août 2025, les habitants de Saint-Laurent-de-La-Cabrerisse, l'un des villages les plus touchés, tentent de se reconstruire. Entre traumatisme persistant, solidarité et obstacles administratifs, le chemin est semé d'embûches.
Un traumatisme encore vif
Laurent Lignière, vigneron entre Saint-Laurent-de-La-Cabrerisse et Coustouge, se souvient de l'instant où l'impensable s'est produit : « Vous sentez d'abord un rayonnement, comme si le soleil de midi s'était levé d'un coup, puis le ciel qui s'assombrit et viennent les bourrasques de cette boule de feu qui s'autoalimente. » Son domaine de Montjoie a été ravagé : deux chais, un hangar, une annexe, 19 hectares brûlés et les 11 autres impropres à la récolte. « On a presque eu de la chance de se trouver sur le flanc gauche de l'incendie. S'il nous avait pris de front, il ne serait rien resté de la demeure familiale », confie-t-il en montrant les cuves en inox calcinées.
La résilience face aux obstacles
Malgré une indemnisation jugée correcte, Lignière doit faire face aux pluies diluviennes de l'hiver, au contexte international et à la sécheresse. « Heureusement qu'ici on est résilients. J'ai la chance d'être propriétaire de l'ancienne cave de Thézan-des-Corbières. On la réhabilite pour recevoir la vinification de l'année. »
Jean Loïc Vila, 76 ans, a perdu sa maison, située en première ligne du feu. Il a eu le temps de sortir deux de ses trois véhicules avant que le brasier n'avale sa propriété « en trois vagues successives ». Une voisine a été retrouvée morte dans sa maison qu'elle ne voulait pas quitter. « C'est un traumatisme, confie-t-il. Je m'en suis bien sorti en cramant juste les poils du ventre. C'est dur de voir une vie qui part en fumée mais on est prêt à reconstruire. »
Lourdeurs administratives et assurances
Un an après, les murs dévastés de sa villa n'ont pas bougé. Jean Vila attend toujours l'autorisation de raser puis reconstruire. « 16 maisons ont brûlé et aucun permis de construire n'a été délivré un an après. Vous trouvez ça normal ? », s'insurge-t-il, pointant du doigt les assurances qui traînent. Dans le meilleur des cas, sa nouvelle maison ne sera prête que fin 2027.
La solidarité comme refuge
Heureusement, la solidarité a joué un grand rôle. Jean est hébergé dans une maison rescapée du quartier, mise à disposition par son propriétaire. Les vignerons sinistrés, qu'ils soient indépendants ou coopérateurs, ont été correctement indemnisés à titre individuel, mais rien pour les caves. Anaël Payrou, directeur du Cellier des Demoiselles, déplore un manque à gagner d'au moins 500 000 euros, mais souligne la solidarité vigneronne : « L'an dernier Pouzols nous a aidés, là ils sont sinistrés, on va leur vendre des bouteilles. Quand vous dirigez une cave, vous n'avez pas le droit de vous effondrer. Ici, on nous appelle les Gaulois des Corbières car nous sommes les seuls à ne pas avoir encore fusionné. »
Les enseignements pour l'avenir
Le maire de Saint-Laurent, Xavier de Volontat, lui-même vigneron sinistré, a perdu un bâtiment et du matériel. « On n'est jamais préparé à gérer une telle catastrophe. J'ai eu la chance d'avoir une équipe remarquable et cet élan de solidarité qui nous a permis de passer le cap. » Il tire des enseignements : anticiper le débroussaillage dans un rayon de 300 mètres autour du village et élargir le plan de sauvegarde à tous types de calamités. Pour lui, « les plus marqués restent les enfants ». Chaque matin, la vision des squelettes noirs dans la garrigue leur rappelle leur vulnérabilité. « Pour être sur un vrai renouveau, il faudra effacer doucement tous ces stigmates de la nature », confie-t-il, avant d'ajouter : « À mon petit-fils dévasté de voir notre propriété sinistrée, j'ai dit : 'Tu vois, ces arbres je les avais vus pousser depuis 60 ans. Toi tu verras grandir ceux que nous avons replantés.' »



