Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a publié mercredi 1er septembre un rapport inédit qui acte le dépassement inévitable du seuil de +1,5°C de réchauffement climatique. L'agence onusienne y détaille une trajectoire théorique visant un retour sous ce niveau d'ici 2100 via la capture de carbone.
Un constat sans précédent
Dans ce rapport controversé, le PNUE a présenté les moyens permettant de contenir le réchauffement climatique mondial une fois le seuil très symbolique de +1,5°C franchi. Ce rapport "porte sur les réponses à apporter plutôt que de se contenter de constater que le phénomène est en cours", a expliqué Richard Betts, coauteur du rapport, lors d'une conférence de presse. Il est important pour les décideurs politiques de "prendre conscience que les règles du jeu sont en train de changer" et que les approches existantes pour lutter contre le changement climatique ne sont plus adaptées, a déclaré Debra Roberts, coauteure du rapport.
L'an dernier, le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, avait déjà admis – tout comme d'autres scientifiques – que le dépassement de cette barre était inévitable, mais c'est la première fois qu'une agence des Nations unies explore les moyens de limiter les dégâts une fois cet objectif climatique dépassé. Près de 200 pays se sont engagés en 2015 à Paris à tenter de maintenir la hausse de la température mondiale à ce seuil le plus ambitieux.
Une nécessaire adaptation au changement climatique
Les scientifiques s'accordent à dire qu'un réchauffement supérieur à 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle risque d'entraîner des phénomènes météorologiques plus extrêmes et de rapprocher la planète de points de basculement tels que l'effondrement des calottes glaciaires et la disparition des récifs coralliens tropicaux. La planète devrait dépasser cet objectif d'ici quelques années, et l'attention se porte désormais sur la meilleure façon de minimiser l'intensité et la durée de toute période dite de "dépassement" au-delà de 1,5°C.
"C'est un retour à la réalité. Nous devons vivre avec ce monde plus chaud […] mais il reste encore beaucoup à faire pour limiter le réchauffement", a soutenu Richard Betts. Pour António Guterres, "la lutte pour limiter le réchauffement à 1,5 degré, c'est la lutte pour l'humanité".
Redescendre sous le seuil de 1,5°C d'ici 2100
"Il n'y aura aucune issue favorable si nous restons au-dessus de 1,5°C", a martelé la directrice exécutive de l'UNEP, Inger Andersen, soulignant que l'adaptation au changement climatique serait nécessaire pour sauver des vies et protéger la nature. Le PNUE dessine donc une nouvelle trajectoire : un dépassement de 1,5°C, suivi d'un pic de réchauffement, puis d'une diminution progressive des températures afin de tenter de repasser sous ce seuil avant 2100. Une voie qualifiée de "théorique" et "incertaine" par les auteurs du rapport.
Pour y parvenir, le piégeage du dioxyde de carbone – processus consistant à extraire le carbone de l'air et à le stocker – serait essentiel. Mais la capture du carbone ne joue aujourd'hui qu'un rôle infime dans la lutte contre le changement climatique, et la recommandation de son utilisation a suscité une vive opposition de la part de certains groupes militants. "La seule façon de minimiser les dégâts est de réduire les émissions dès maintenant […] et non de retarder l'action avec des solutions technologiques spéculatives", a critiqué Lili Fuhr, du Centre pour le droit international de l'environnement (CIEL).
Vers un futur à émissions négatives
L'humanité devra retirer plus de dioxyde de carbone de l'atmosphère qu'elle n'en émet pour faire baisser la température mondiale sous le seuil de 1,5°C. Si le zéro émission nette permet de stopper la hausse des températures, il devra constituer une simple étape avant le passage aux émissions négatives. Cette bascule implique de poursuivre la baisse des émissions résiduelles dans les secteurs prioritaires de l'agriculture et de la gestion des déchets. Pour capter ce CO2, l'UNEP préconise de combiner des solutions naturelles aux procédés technologiques susmentionnés. "Ces technologies sont toutefois encore peu développées et leur capacité à fonctionner durablement à très grande échelle reste incertaine", reconnaît l'UNEP.
Mais un élément assombrit considérablement le tableau : même si le réchauffement finissait par repasser sous 1,5°C, cela ne permettrait pas d'effacer les dégâts provoqués entre-temps. L'enjeu est donc de diminuer les émissions tout en renforçant l'adaptation aux effets du dérèglement climatique. Pour Debra Roberts : "Nous devons désormais repenser notre gouvernance climatique pour faire face à une trajectoire de dépassement. Aucun de nos plans n'est préparé à cela".
Les conclusions du rapport ont alarmé les associations militantes qui se sont mobilisées autour de l'objectif de 1,5°C depuis qu'il a été consacré comme référence la plus ambitieuse en matière de climat dans l'Accord de Paris. "C'est un moment déchirant, mais ce dépassement n'est pas une raison pour baisser les bras et renoncer à l'objectif de 1,5°C", a tempéré Jasper Inventor, directeur adjoint de programme chez Greenpeace International. Bill Hare, climatologue et patron de l'institut de recherche Climate Analytics, a critiqué ce rapport, estimant qu'il risquait de devenir "un appel à l'apathie" plutôt qu'à l'action.



