L'impact carbone du sport décortiqué par un ingénieur bordelais
L'impact carbone du sport décortiqué par un ingénieur

L'ingénieur bordelais Laurent Castaignède synthétise, dans « Le revers de la médaille », l'impact connu des activités sportives sur le climat et, surtout, la croissance continue de cet impact, à rebours des efforts nécessaires.

Une explosion annoncée

La prochaine Coupe du monde de football, aux États-Unis, au Mexique et au Canada, va faire exploser les chiffres de l'impact carbone des grands événements sportifs. Peut-être même que la suivante en 2030, organisée par l'Espagne, le Portugal et le Maroc, fera sauter les compteurs. C'est donc le moment de faire le tour de la question et des enjeux avec ce livre de Laurent Castaignède, en librairie le 7 mai, synthèse de nombreuses études et enquêtes déjà réalisées.

On peut faire confiance à l'auteur : ingénieur centralien, il a fondé son bureau d'études BCO2, spécialisé dans l'empreinte carbone des projets de bâtiments, de transports et d'événements. Déjà signataire de deux ouvrages sur les transports, le passage au sport de Laurent Castaignède est naturel, le déplacement des spectateurs étant le premier facteur d'impact de l'organisation d'événements sportifs, grands et moyens.

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Une analyse complète et documentée

C'est d'ailleurs le seul et minime reproche que l'on fera au livre, une place relativement discrète sur ce point par rapport à d'autres, mais qu'il est complet cet ouvrage ! Dans le temps puisqu'il part des jeux antiques jusqu'à une fiction réaliste sur le sport au XXIIe siècle. On vous laisse le plaisir de découvrir un monde où les déplacements sont réduits et où les sports de castagne sont en vedette… Large aussi, le passage en revue des sources d'impact environnemental, de l'alimentation des sportifs au sponsoring, de la consommation des ressources en eau à l'atteinte à la biodiversité. Complet aussi dans l'approche, avec de la science, des données simples et des graphiques clairs, dont le système de rafraîchissement des stades, qui n'a rien d'écologique, et une mise en perspective sociétale où Roland Barthes, Jean Baudrillard ou Aldous Huxley permettent d'approfondir la réflexion sur le sujet.

La crise à l'horizon

La perspective est claire : le sport n'est pas plus vertueux que le reste de la société, mais lui part en dérapage incontrôlé, « le toujours plus » dit l'auteur. Et s'il y a des efforts (moins de constructions neuves, un matériel recyclable), il y a des folies (des Mondiaux de foot et de rugby avec toujours plus d'équipes) et du greenwashing (des faux efforts écologiques).

Au-delà, Castaignède nous éclaire : « plusieurs signaux semblent indiquer un prochain renversement de tendance » : le désintérêt des spectateurs et surtout des téléspectateurs mine l'équilibre des droits télés. « Une bulle financière sportive pourrait éclater. »

Mais l'auteur republie aussi un dessin de Léandre. Deux skieurs discutent au pied d'une piste étroite de neige au milieu des cailloux. « Pas terrible l'enneigement cette année… » regrette l'un. L'autre : « Ouais, maintenant je vais à Dubaï pour être sûr d'avoir de la neige. »

« Le revers de la médaille », ou l'empreinte environnementale du sport, de Laurent Castaignède. Éditions Ecosociété, 221 pages, 16 euros.

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