Eau dans les Alpes-Maritimes : l'anticipation face au climat
Eau : les Alpes-Maritimes passent à l'anticipation

Dans les Alpes-Maritimes, le changement climatique bouleverse déjà la gestion de l'eau. Face à des sécheresses répétées et à une demande estivale forte, les autorités veulent passer d'une logique de crise à une stratégie d'anticipation. Le préfet Jean-Marie Girier insiste : « Le sujet n'est plus la réaction, c'est l'anticipation. »

Des rivières à sec et des nappes sous tension

Cet été, les rivières du département illustrent concrètement les effets du dérèglement climatique. Le Paillon est à sec sur plusieurs kilomètres, la Brague est réduite à quelques flaques où prolifèrent les algues, et la Cagne est passée sous son débit de crise. Ces situations obligent les gestionnaires de l'eau à revoir leurs stratégies.

« On voit bien que les impacts du changement climatique sont là », résume Éric Lefebvre, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM). Les sécheresses, autrefois exceptionnelles, deviennent récurrentes. Depuis 2022, quatre étés sur cinq ont conduit les préfets à prendre des arrêtés de restriction. Cette année, les premières mesures ont été prises dès le 1er juin, un record de précocité. Fin juillet, 83 communes étaient concernées, dont cinq placées au niveau de crise.

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Des indicateurs au rouge

Les chiffres confirment cette évolution. En avril, le déficit pluviométrique a atteint près de 90 %, suivi d'un mois de juillet encore déficitaire de 45 %. Les températures moyennes ont dépassé les normales saisonnières de 3,8 °C, accélérant l'évaporation et limitant la recharge des nappes. « Plus de 80 % des nappes phréatiques du département présentent aujourd'hui un niveau inférieur aux normales de saison », indique le préfet.

La nappe alluviale du Var, ressource stratégique qui alimente une grande partie du littoral azuréen, montre des signes de tension. À Saint-Laurent-du-Var, son niveau se situe à environ 70 cm au-dessus du minimum historique enregistré en 2022. Olivier Moulinas, directeur du territoire Côte d'Azur de Veolia, souligne : « Depuis quatre ou cinq ans, la quantité comme la qualité de la ressource sont devenues un sujet majeur. »

Une demande en hausse au moment où la ressource baisse

Aux effets du climat s'ajoute une particularité locale : une population qui augmente fortement en été. Avec une consommation moyenne d'environ 285 litres d'eau par jour et par habitant, près du double de la moyenne nationale, le département figure parmi les plus gros consommateurs de France. La population permanente consomme environ 120 millions de m³ par an, mais avec le tourisme et les autres usages, ce volume atteint près de 150 millions de m³.

« La demande augmente en période estivale, précisément lorsque les ressources sont souvent au plus bas », rappelle Éric Lefebvre. Dans certains secteurs de l'ouest du département, les services de l'État ont observé des hausses de consommation pouvant atteindre 30 % durant l'été.

Des territoires inégalement exposés

La situation varie selon les secteurs. La métropole niçoise bénéficie de ressources importantes avec la nappe du Var et le canal de la Vésubie. La régie Eau d'Azur, opérateur public de l'eau, se veut rassurante : « La ressource en eau reste satisfaisante sur la Métropole », mais elle « demeure fragile face à l'absence de pluie et au risque de nouvelles canicules en août. »

D'autres bassins versants, notamment à l'ouest, disposent de marges plus limitées. « Le particulier, lorsqu'il ouvre son robinet, ne se demande pas de quel bassin versant vient son eau. Pourtant, certains secteurs sont beaucoup plus fragiles que d'autres », souligne le préfet. Cette disparité explique des restrictions différentes selon les communes, visant à préserver les ressources les plus vulnérables tout en maintenant les usages prioritaires.

Réduire les consommations, premier levier

Face à cette pression, le premier levier reste la réduction des consommations, tant pour les particuliers que pour les collectivités. L'État demande des efforts, parfois mal compris, comme la fermeture des douches de plage à laquelle certains maires de l'ouest ont refusé de se plier. Sans rentrer dans la polémique, Jean-Marie Girier rappelle : « L'eau que l'on ne consomme pas, c'est celle que l'on préserve. »

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Le préfet refuse un discours alarmiste : « Notre rôle n'est pas de faire peur mais de faire prendre conscience. Nous avons des solutions et une capacité d'adaptation. »

De nouvelles restrictions probables

Et l'été 2026 est loin d'être terminé. Jean-Marie Girier rappelle la rapidité avec laquelle la situation peut évoluer : « Regardons simplement ce qu'il s'est passé en quinze jours : nous sommes passés de 30 communes en restriction en juillet, le 25 juillet 43 communes, depuis le 1er août on en est à 82. Si les conditions météorologiques restent les mêmes, il est probable que de nouvelles mesures soient nécessaires. »