À quelques heures de l'éclipse solaire du 12 août, la pénurie de lunettes de protection devient un sujet politique. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes et candidate à l'élection présidentielle, a dénoncé sur X, mardi 11 août, un « fiasco » de santé publique et mis en cause « l'impréparation » du gouvernement, alors que les lunettes permettant d'observer sans danger le phénomène sont en rupture de stock dans de nombreux points de vente.
Une candidature qui monte au créneau
« Que se passe-t-il dans notre pays pour que la santé publique ait ainsi été reléguée au second plan ? Pour qu'on ne sache plus anticiper, jusqu'à ne pas garantir à toutes et tous l'accès aux lunettes de protection indispensables pour observer une éclipse solaire en toute sécurité ? », a-t-elle écrit sur son compte X. La candidate écologiste a également regretté que l'éclipse ne puisse devenir l'un de « ces grands moments collectifs qui marquent une génération ».
Quelques instants plus tôt, Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière, s'était également emparée du sujet. Sur son compte X, elle a opposé deux époques : « 1999 : 30 millions de lunettes gratuites massivement distribuées pour l'éclipse solaire. 2026 : payantes et en pénurie... Dans le capitalisme, il n'y a pas de petit profit. »
Une comparaison à nuancer avec 1999
Cette comparaison mérite toutefois d'être nuancée. Contrairement aux affirmations de la candidate d'extrême gauche, les 30,6 millions de lunettes recensées par les autorités en 1999 n'étaient pas toutes gratuites. Une grande partie avait été vendue dans le commerce sous un prix plafonné. En 2026, les lunettes spéciales sont commercialisées dans les grandes surfaces, pharmacies et magasins d'optique, mais beaucoup font face à des ruptures de stock.
Les autorités ont alerté ces dernières semaines sur les risques : regarder directement le soleil, même pendant une éclipse partielle, peut provoquer des brûlures de la rétine et des lésions irréversibles. Les lunettes doivent être spécifiquement conçues pour l'observation du soleil et conformes aux normes de sécurité.
En 1999, une campagne préparée plusieurs mois à l'avance
En 1999, les pouvoirs publics avaient déployé un dispositif d'une tout autre ampleur. Selon le bilan publié après l'événement par l'Institut de veille sanitaire (InVS, désormais Santé publique France), les autorités avaient commencé à réfléchir à son organisation dès 1997. Un comité de pilotage réunissant administrations, associations d'astronomie et organismes de prévention avait été créé en janvier 1999 afin d'organiser une campagne nationale d'information, de favoriser la mise à disposition de lunettes à un prix accessible et de préparer les services d'ophtalmologie.
Le comité avait évalué à 35 millions le nombre de lunettes nécessaires. Un protocole avait été proposé aux fabricants et distributeurs, avec un cahier des charges sur leur qualité et un prix maximal conseillé de 5 francs pour les modèles distribués dans ce cadre. Au printemps 1999, préfets, maires et présidents de conseils généraux et régionaux avaient également été sollicités afin de participer à la campagne.
Quelques jours avant l'éclipse, 30,6 millions de paires avaient été diffusées par les partenaires de l'opération, soit gratuitement dans le cadre de manifestations et d'opérations publicitaires, soit à la vente. L'État avait directement distribué 1,5 million de paires gratuites, notamment dans les centres de vacances et auprès des populations défavorisées. Douze millions de tracts et 700 000 affichettes avaient été diffusés, accompagnés d'une campagne massive dans les gares, le métro, les grandes villes, à la radio et à la télévision. Les seuls messages diffusés sur dix radios nationales avaient touché 74 % de la population.
Pas de distribution nationale, mais des centaines de milliers de lunettes distribuées localement
En 2026, aucune opération comparable de distribution pilotée à l'échelle nationale par les pouvoirs publics n'a été mise en place. Cela ne signifie toutefois pas qu'aucune distribution gratuite n'a eu lieu. Plusieurs collectivités, médias, associations ou entreprises ont pris leurs propres initiatives. À La Courneuve (Seine-Saint-Denis), la municipalité a acheté 5 000 paires conformes aux normes de sécurité, distribuées gratuitement et accompagnées d'informations sur les précautions à respecter. À Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), la ville a prévu de distribuer 600 paires gratuites lors de l'événement. À Superbagnères, sur la commune de Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne), 500 paires doivent être proposées gratuitement lors de la soirée d'observation. À l'échelle régionale, l'Île-de-France a organisé une distribution de 10 000 paires gratuites dans les différentes îles de loisirs de la région.
Des entreprises ont aussi pris le relais, notamment des médias locaux ou spécialisés, ou un réseau d'optique mutualiste qui a mis à disposition gratuite et sans obligation d'achat plus de 600 000 paires de lunettes dans ses magasins. Ces initiatives restent néanmoins dispersées et sans coordination nationale comparable à celle mise en œuvre par l'État en 1999.
L'éclipse sera visible mercredi soir sur une grande partie du territoire français. Contrairement à l'Espagne, située sur la bande de totalité, la France métropolitaine n'assistera qu'à une éclipse partielle, particulièrement importante dans le Sud-Ouest.



