Le sociologue américain Eric Klinenberg, auteur de « Canicule. Chicago, été 1995 » (Editions deux-cent-cinq-Ecole urbaine de Lyon, 2022), revient sur la vague de chaleur meurtrière de juillet 1995 à Chicago. Alors que la France traverse une canicule historique avec 49 départements en vigilance rouge ce 22 juin, il tire les leçons de ce drame oublié.
Une catastrophe sociale et politique
Le 13 juillet 1995, Chicago atteint 41 °C. La canicule tue plus de 700 personnes, principalement noires, pauvres et âgées. Klinenberg souligne que « les canicules sont des tueuses invisibles, qui font des victimes invisibles ». Il insiste sur le caractère sélectif de ces événements : « Elles ne sont pas des catastrophes naturelles mais des événements sociaux et politiques. »
Dans son enquête, il dénonce un « déni collectif » face à ces crises. Les autorités et les médias sous-estiment souvent l'ampleur du danger, laissant les plus vulnérables sans protection.
Leçons pour aujourd'hui
Trente ans après, Klinenberg estime que les mêmes mécanismes persistent. L'isolement social, la pauvreté et le racisme structurel aggravent l'impact des vagues de chaleur. Il appelle à des politiques publiques ciblant les quartiers défavorisés, avec des îlots de fraîcheur et des systèmes d'alerte adaptés.
« Chicago 1995 n'est qu'un avant-goût de ce qui nous attend », écrivait-il en conclusion. Avec le réchauffement climatique, les canicules deviennent plus fréquentes et intenses. La France, confrontée à une canicule précoce et longue, doit en tirer des leçons.



