Le Tour de France 2025, qui s'élancera de Lille le 5 juillet, devra composer avec des températures caniculaires records. Selon une étude de l'Université d'Edimbourg publiée en mai, les épisodes de chaleur extrême ont augmenté de 60% sur les parcours du Tour depuis 2000. Les organisateurs ont déjà annoncé le décalage de trois étapes en après-midi pour éviter les pics de chaleur, mais les coureurs et les scientifiques jugent ces mesures insuffisantes.
Des conditions de course de plus en plus extrêmes
Lors du Tour 2024, plusieurs coureurs avaient été victimes de malaises liés à la chaleur, notamment lors de la 14e étape entre Saint-Paul-Trois-Châteaux et le Mont Ventoux. Le Danois Mads Pedersen (Lidl-Trek) avait dû abandonner après une insolation. « C'était invivable, on roulait dans un four », avait-il déclaré à L'Équipe. Les températures au sol avaient atteint 50°C selon Météo-France.
Pour 2025, l'Union Cycliste Internationale (UCI) a introduit de nouvelles règles : pauses obligatoires de 10 minutes après 4 heures d'effort si la température dépasse 35°C, et possibilité de réduire la distance des étapes. Mais ces mesures sont critiquées. « Ce sont des rustines sur un problème structurel », estime le Dr. Jean-François Toussaint, physiologiste à l'INSEP. « Le corps humain a des limites, et on les atteint plus vite avec le réchauffement. »
Un calendrier historique à repenser
Le Tour de France se déroule traditionnellement en juillet, mois le plus chaud de l'année. En 2022, la température moyenne pendant la course était de 31°C, soit 4°C de plus que la moyenne 1981-2010. « Déplacer le Tour en septembre serait une solution logique », avance le climatologue Christophe Cassou (CNRS). « Mais cela bouleverserait tout le calendrier cycliste. »
Les organisateurs d'ASO (Amaury Sport Organisation) se disent ouverts à des adaptations, mais excluent un changement de mois à court terme. « Nous travaillons sur des parcours plus ombragés, des horaires matinaux et un meilleur ravitaillement », explique Christian Prudhomme, directeur du Tour. « Mais le Tour est une fête populaire, et juillet est ancré dans les habitudes. »
Des solutions technologiques et logistiques
En attendant, les équipes se préparent. Des capteurs de température corporelle sont testés, et les bidons sont désormais remplis de glace. « On boit jusqu'à 12 litres par jour, mais cela ne suffit pas quand l'air est brûlant », confie le coureur français Julian Alaphilippe (Soudal-Quick Step).
Des études suggèrent que sans réduction des émissions de gaz à effet de serre, les canicules pourraient rendre le Tour impossible en juillet d'ici 2050. « On risque de perdre une partie de notre patrimoine sportif », alerte le climatologue Cassou. « Il faut agir maintenant. »
Un enjeu de santé publique et d'image
Au-delà des sportifs, le Tour attire des millions de spectateurs, eux aussi exposés. En 2023, 18 personnes avaient été hospitalisées pour coup de chaleur lors de l'étape de Bourg-en-Bresse. « On ne peut pas continuer comme ça », insiste le Dr. Toussaint. « Le Tour doit montrer l'exemple en matière d'adaptation climatique. »
L'UCI prévoit de revoir ses règles pour 2026, avec des seuils de température plus stricts. En attendant, le Tour 2025 s'annonce comme un test grandeur nature. « On va voir si le cyclisme professionnel peut survivre à la canicule », conclut Prudhomme. « Je l'espère, mais il faudra peut-être faire des choix douloureux. »



