Serge Zaka, ingénieur agronome et spécialiste en agroclimatologie installé dans l'Hérault, tire la sonnette d'alarme face à la vague de chaleur inédite qui frappe la France en mai 2026. Cet épisode, exceptionnel par sa précocité et son intensité, devrait se prolonger au moins jusqu'à la fin de la semaine.
Un événement hors norme
Interrogé par Midi Libre, Serge Zaka confie ne plus savoir comment qualifier cet événement. « Cette vague de chaleur est exceptionnelle en tous points », insiste-t-il. Depuis son début, 700 à 800 records de chaleur ont été battus, et 300 nouveaux records ont été enregistrés le mardi de l'entretien. Des villes comme La Rochelle battent leur record plusieurs jours de suite.
La canicule, dans son cœur, s'étalera sur environ six jours, pour une durée totale excédentaire de dix jours. Le jour de mai le plus chaud a déjà été battu et pourrait l'être à nouveau. « C'est l'anomalie statistique que l'on redoutait tant », souligne Zaka. Il précise que si cet épisode survenait en juillet ou août, les températures dépasseraient largement 45 °C, avec des pointes à 50 °C en ville.
Une préparation insuffisante
Pour l'agroclimatologue, ces événements extrêmes ne sont pas encore bien pris en compte. « On a laissé des courses se faire, avec plusieurs morts, ça signifie que l'anticipation de ce qu'est une vague de chaleur en mai n'est pas intégrée », déplore-t-il. Des examens se déroulent en pleine canicule, des écoles ne ferment pas, des événements en extérieur restent programmés.
Conséquences sur l'organisme et l'agriculture
La brutalité de cette canicule est particulièrement problématique. « On était en dessous des normales il y a peu, et ça arrive très vite, sans transition », explique Zaka. L'organisme des mammifères, humains et animaux, n'a pas le temps de s'adapter, ce qui explique les nombreux malaises.
L'agriculture et l'élevage sont les premiers touchés. Les animaux subissent un stress thermique, avec des pertes de production de lait de 5 % à 20 % selon les régions. Les prairies se portent encore bien grâce à l'eau reçue, mais l'indice hydrique des sols s'effondre, accélérant l'installation de la sécheresse.
Maraîchage et arboriculture en danger
Le maraîchage est l'activité la plus impactée. Les tomates, courgettes, melons, aux racines peu profondes, sont très sensibles aux fortes chaleurs. Dans les neuf premiers centimètres du sol, la plupart des régions n'ont déjà plus d'eau, rendant la situation critique sans irrigation.
Pour l'arboriculture, les températures approchant 40 °C dans l'arrière-pays à partir de mercredi pourraient provoquer des brûlures sur les fruits, notamment les cerises, rendant leur vente impossible sur le marché du frais. Les producteurs devront les vendre pour la compote, un prix dix fois inférieur.
Risques d'incendie et impact sur la faune
Le risque d'incendie est pour l'instant modéré, mais le dessèchement rapide des végétaux, combiné au vent d'Est dans le nord de la France et au vent méditerranéen, pourrait l'aggraver.
La faune sauvage est également affectée, en particulier les oiseaux comme les hirondelles et les martinets qui nichent sous les toits, où les températures atteignent 40 à 50 °C.
Serge Zaka insiste sur la nécessité de se préparer à ces événements extrêmes, qui deviendront plus fréquents avec le changement climatique.



