La canicule, qui s'invite en plein baccalauréat, pose la question d'une modification des horaires d'examen. Au-delà, c'est toute la surchauffe du système éducatif qui s'accentue dans des établissements souvent vétustes. Un vrai plan national de rénovation thermique coûterait au moins 50 milliards d'euros.
Le ministre propose de supprimer les épreuves l'après-midi
"On ne peut plus se permettre d'avoir des épreuves d'examen en mai ou en juin, qui se déroulent de 14 heures à 18 heures." Interrogé dimanche sur France Inter à propos de l'impact de la chaleur sur les examens de juin (bac et brevet), le ministre de l'Éducation, Edouard Geffray, a milité pour la suppression des créneaux d'examen l'après-midi. Une manière habile de déplacer le problème sur le terrain de l'organisation alors que l'obsolescence des installations est pointée du doigt.
"Certaines épreuves du bac pro durent huit heures"
"Ne pas programmer les examens est une idée de bon sens que nous avions déjà suggérée, réagit Florent Martin, proviseur du Lycée Christian Bourquin à Argelès-sur-Mer et président académique du syndicat des chefs d'établissements (SNPDEN). Mais elle a ses limites. Certaines épreuves du bac pro durent six ou huit heures et les oraux sont étalés sur toute la journée pour ne pas prendre trop de place dans le calendrier. Mais le fond du problème, c'est que ça devient de moins en moins tenable pour les enseignants et les élèves et ce dès le mois de mai sur fond de changement climatique aggravé."
"Je vois bien que les organismes ne suivent pas"
"J'en arrive à ne plus faire d'activité demandant trop de concentration l'après-midi, je vois bien que les organismes ne suivent pas", reconnaît une professeure des écoles du Gard. Dans des classes dépassant parfois allègrement les 30 degrés, les ventilateurs ne servent qu'à brasser des illusions. Selon un sondage du syndicat SNES-FSU réalisé en mai, en pleine canicule, auprès de 623 collèges et lycées, près de 80 % des établissements ont relevé plus de 30 °C en classe.
L'Éducation nationale reste aveugle sur ce malaise qui transpire un peu plus chaque année, se contentant de rappeler des mesures de bon sens à appliquer. L'État, exsangue, ne veut pas assumer une charge qui n'est pas de sa compétence. Les bâtiments des 45 000 écoles, 5 300 collèges et 2 300 lycées publics sont en effet à la charge de 21 600 communes, 101 départements et 15 régions. Et la gestion des 9 200 établissements scolaires privés est indépendante. 12 millions d'élèves et un million de personnels y sont pourtant accueillis dans des conditions parfois indignes.
Brasseurs d'air dans les lycées d'Occitanie
"C'est un vrai problème dont nous sommes conscients, reconnaît Kamel Chibli, vice-président de la Région Occitanie délégué à l'Éducation et en charge des lycées. Il n'est pas question pour nous d'installer des climatisations tous azimuts, pour une question de coût mais aussi parce que ce n'est pas dans l'idée que nous nous faisons du respect de l'environnement. En revanche, nous avons lancé un plan d'installation de brasseurs d'air aux plafonds, qui contribuent à rafraîchir assez efficacement les salles. Les nouveaux établissements construits sont aussi beaucoup plus efficaces en termes de qualités thermiques."
Façade en bois, cour ou toit végétalisés permettent en effet d'atténuer les effets de la canicule dans ces établissements dernier cri, créant aux yeux de certains syndicats une éducation à deux vitesses. Car des milliers d'établissements restent encore dépourvus d'équipements élémentaires comme les volets aux fenêtres. Quant à la rénovation énergétique globale, c'est un chantier colossal dont le coût est estimé entre 40 et 50 milliards d'euros.
"On ne coupera pas à un grand plan de rénovation"
"Il faudra bien un jour ou l'autre climatiser les établissements pour que cela devienne tenable", prédit Florent Martin. Pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-Fsu, "on ne coupera pas à un grand plan de rénovation du bâti scolaire." Une injonction reprise par la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, qui réclame aux candidats à la présidentielle "un plan pluriannuel sur le bâti scolaire."
Sept ans après la canicule de juin 2019 qui avait conduit à la décision sans précédent de reporter le brevet des collèges, la surchauffe dans les classes est devenue chaque année un sujet brûlant avant même les premiers jours de l'été.



