Le 24 août 2026, une tornade a balayé la commune de Pomas, dans l’Aude, faisant au moins 39 blessés et endommageant 300 maisons. Les experts s’interrogent sur la formation et l’intensité exceptionnelle de ce phénomène, qui a traversé le bourg et les exploitations agricoles environnantes.
Un phénomène d'une rare intensité
Selon Sylvain Chave, directeur de l’ingénierie de Predict Services, cabinet héraultais spécialisé dans les risques météorologiques, « c’est un phénomène très marqué et exceptionnel sur l’intensité, sur l’étendue des dégâts, des conséquences ». L’observatoire des orages Keraunos précise que « la tornade semble avoir traversé une partie du bourg de Pomas et des exploitations agricoles aux alentours. Plusieurs toitures sont fortement endommagées, de nombreux arbres arrachés et des véhicules renversés ».
Un riverain a décrit à France 3 Occitanie les minutes de chaos vécues : « Ça a été la mitraillade : les tuiles qui tapaient de partout, les cailloux. On s’est cru comme dans une guerre, couchés sous la table. On ne pouvait pas faire autrement. »
Une classification encore en cours
Il est encore trop tôt pour classer cette tornade sur l’échelle de Fujita, qui catégorise l’intensité de ces phénomènes. Sylvain Chave estime que « l’ensemble converge vers un EF2, EF3. Ça fait des vitesses de vent autour ou supérieures à 200 km/h ». Les météorologues analysent actuellement plusieurs variables : la vitesse des vents enregistrés, les dégâts personnels et matériels, ainsi que la zone parcourue.
« On est en train de faire des analyses complémentaires pour voir pourquoi là, pourquoi pas ailleurs… Essayer de comprendre véritablement la mise en place de tous ces processus », tempère l’expert. Météo Languedoc ajoute sur ses réseaux sociaux : « L’enquête de terrain permettra de la classifier parfaitement dans les prochains jours. »
Les conditions de formation des tornades
Les tornades se forment plus facilement dans des contextes orageux. L’instabilité, caractérisée par une variation entre la température de l’air proche du sol et celle de l’air en altitude, provoque des mouvements ascendants, expliquait l’an dernier l’ingénieur chez Météo France Tony Le Bastard. Sylvain Chave précise que dans ces « situations très fortement orageuses, avec des vents qui se mettent en place, qui vont s’organiser sur toute la colonne d’air, entre le sol et l’altitude… Ils vont prendre cet aspect tourbillonnaire ».
Ce phénomène est appelé cisaillement des vents : les rafales vont dans un sens puis dans l’autre. Une fois la tornade formée, « pendant quelques kilomètres, elle va se déplacer sur le territoire et occasionner des vents très forts qui vont causer tous les dégâts qu’on a vus sur les images », décrit le prévisionniste.
Un département habitué aux tornades
Ce n’est pas la première fois qu’une tornade frappe la zone. La dernière remonte à octobre 2018, à Gruissan, où elle avait été classée EF0 (vents de 100 à 135 km/h). Keraunos notait alors que « le phénomène, qui a pu être en partie filmé, prend part à un épisode méditerranéen intense et meurtrier, à l’origine d’une crue historique de l’Aude ». Météo Languedoc souligne que le département est l’un « des plus assujettis à ce risque ».
La configuration météorologique de l’Aude, de l’Occitanie et de la région Paca était propice aux phénomènes intenses, alerte Sylvain Chave : « On est à l’issue d’un été particulier, avec beaucoup de chaleur, et beaucoup, beaucoup d’énergie. La Méditerranée est très chaude également, on a beaucoup de carburant sur cette fin d’été. Donc, on pouvait s’attendre à ce type de phénomène assez violent. Et voilà, malheureusement, c’est tombé sur Pomas. »



