La Martinique connaît une sécheresse exceptionnelle depuis le début de l'année 2026. Les agriculteurs de l'île sont confrontés à une situation qu'ils qualifient de « catastrophique ». Selon la chambre d'agriculture, 80 % des exploitations sont touchées, et les récoltes de bananes, de canne à sucre et de fruits tropicaux s'effondrent. Le préfet a annoncé un plan d'aide d'urgence de 5 millions d'euros, mais les professionnels demandent des mesures plus structurelles.
Des précipitations en chute libre
Les relevés météorologiques montrent une baisse de 40 % des précipitations par rapport à la moyenne des trente dernières années. Les nappes phréatiques sont à leur niveau le plus bas jamais enregistré. Les rivières du nord de l'île, qui alimentent les canaux d'irrigation, sont à sec. Les agriculteurs doivent puiser dans des réserves d'eau de plus en plus limitées, souvent avec des autorisations préfectorales restrictives.
« Nous n'avons jamais vu ça. Les plants de bananes jaunissent avant d'arriver à maturité, et les cannes à sucre sont rabougries », explique Jean-Marc Delatour, producteur de bananes à Basse-Pointe. Il ajoute que ses pertes pour cette saison dépassent 30 % de son chiffre d'affaires habituel.
Des filières entières menacées
La filière banane, qui représente environ 40 % de la production agricole de l'île, est particulièrement touchée. Les bananeraies, qui nécessitent beaucoup d'eau, sont les premières à souffrir. Les rendements chutent de 25 % en moyenne, et certains producteurs envisagent d'arracher des parcelles entières pour éviter des pertes plus lourdes. La canne à sucre, utilisée pour le rhum, est également affectée, avec une baisse de 15 % de la production attendue cette année.
Les éleveurs ne sont pas épargnés. Les pâturages sont secs, et le foin manque. Certains éleveurs ont dû abattre leur bétail plus tôt que prévu, faute de nourriture. Les prix de l'eau pour l'irrigation ont augmenté de 20 % dans certaines communes, ce qui aggrave la situation financière des exploitations.
Un plan d'urgence et des demandes de fonds
Le préfet de la Martinique, Stéphane Aubailly, a annoncé un plan d'aide d'urgence de 5 millions d'euros pour soutenir les agriculteurs. Ce plan comprend des aides directes aux exploitations les plus touchées, des exonérations de charges sociales et des mesures de soutien à l'irrigation. Cependant, la chambre d'agriculture estime que ce montant est insuffisant. « Il faudrait au moins 20 millions d'euros pour compenser les pertes de cette année », affirme sa présidente, Marie-Josée Césaire.
Les agriculteurs demandent également la mise en place d'un fonds de solidarité régional, financé par l'État et la collectivité territoriale, pour faire face aux aléas climatiques récurrents. Ils souhaitent aussi un investissement dans des infrastructures de stockage de l'eau, comme des retenues collinaires, pour mieux gérer les périodes de sécheresse à l'avenir.
En attendant, les agriculteurs organisent des tournées de distribution d'eau dans les zones les plus touchées, avec l'aide des municipalités. Certains ont commencé à planter des variétés plus résistantes à la sécheresse, mais ces changements prendront du temps. La situation devrait rester critique jusqu'à la saison des pluies, prévue en novembre, mais les prévisions météorologiques indiquent que les pluies pourraient être insuffisantes pour recharger les nappes phréatiques.



