Népal : la coulée de boue meurtrière, un phénomène naturel selon les scientifiques
Népal : coulée de boue, les scientifiques écartent la piste chinoise

Le Népal reste sous le choc après la coulée de boue meurtrière qui a dévalé mercredi plus d'une centaine de kilomètres. Le premier bilan jeudi matin fait état de 362 morts, tandis que les secours recherchent toujours plusieurs milliers de disparus, dont quatre Français. Les scientifiques tentent de comprendre ce qui a déclenché cette catastrophe, attribuée pour l'heure à l'effondrement d'un glacier et de ses roches sous-jacentes.

Une théorie complotiste sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, certains internautes remettent en cause l'origine naturelle de l'éboulement et accusent la Chine, dont la frontière n'est qu'à quelques kilomètres. Aucune preuve ne soutient cette théorie, et les scientifiques interrogés par 20 Minutes la désapprouvent. Cette accusation provient notamment d'un compte de « journalisme d'investigation » appelé « Népal Correspondance », qui développe sur X sa théorie selon laquelle les installations civiles chinoises en amont seraient responsables des derniers éboulements.

Les journalistes pointent du doigt le village de Gyirong, situé quelques centaines de mètres au-dessus de la frontière népalaise, sur le lit de la rivière Trishuli, le long de laquelle le torrent s'est déchaîné. Ils assurent que ces nouveaux villages, intégrés à une opération globale d'installation à la frontière, abîment l'écosystème montagneux, par exemple en « creusant dans les collines », ce qui « augmenterait la vitesse du courant ».

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Un phénomène « totalement naturel »

Bien qu'il soit impossible de vérifier ces affirmations et l'impact écologique de l'installation chinoise au Tibet, les scientifiques s'accordent à dire que la Chine n'a aucune responsabilité dans l'éboulement de mercredi. Jérôme Lavé, directeur de recherche au CNRS, assure que la localisation de l'effondrement du glacier, à plusieurs kilomètres de la frontière chinoise, exonère la Chine. Il remarque aussi l'absence de constructions sur le versant nord du massif Lang Tang, en amont ou en aval de l'effondrement, qui auraient pu impacter l'écosystème montagneux.

« C'est un phénomène totalement naturel », assure le chercheur. Pour le prouver, il reprend en détail ce que l'on sait sur cet événement : « D'après les informations satellites et sismiques que nous possédons actuellement, il semble que sur le versant nord du massif Langtang se soit déclenché un éboulement de roche et de glace massif. » En tombant à la verticale sur près de 1 000 mètres, cet éboulement a provoqué ce que le spécialiste des effondrements rocheux dans l'Himalaya appelle un « bruit sismique », comparable à un tremblement de terre, d'une magnitude de 5,2 sur l'échelle de Richter.

Les données sismiques confirment l'effondrement glaciaire

Ce « bruit » a été repéré par l'Institut d'études géologiques des États-Unis, qui a publié un rapport d'incident sur l'événement. L'institut confirme que si les premiers examens laissaient penser à un tremblement de terre, « une analyse complémentaire des ondes sismiques de longue période indique que l'énergie sismique aurait plutôt été générée par un effondrement glaciaire et une coulée de débris ». Suite à cette chute, un « nuage » de poussière, de glace et de roches fines de plusieurs kilomètres va rejoindre la rivière la plus proche, celle de Trishuli, qui va trouver sur sa route le poste-frontière entre la Chine et le Népal, dont la vidéo de la destruction a fait le tour du monde.

« Cette avalanche va progressivement perdre en énergie, fondre, et se transformer en coulée de boue », retrace Jérôme Lavé. En amassant débris, végétations et matériaux de construction, la coulée emporte tout sur son passage. Rien dans ce récit ne permet de pointer du doigt la Chine, selon le chercheur. Il préfère évoquer le réchauffement climatique, potentiel facteur d'aggravation de l'éboulement. La catastrophe doit selon lui amener les pays montagneux à réfléchir à la question de l'occupation des sols en aval. « Doit-on construire toujours plus proche de la rivière ? »

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