La Réole sous la menace renouvelée de la Garonne
Après une légère décrue amorcée depuis lundi 16 février sur le secteur de la Garonne girondine, les prévisions hydrologiques repartent malheureusement à la hausse, plongeant les habitants et commerçants de La Réole dans un entre-deux angoissant. Entre nettoyage précipité des dégâts et crainte permanente d'une nouvelle montée des eaux, la vie s'organise dans l'incertitude la plus totale.
L'épicerie d'Émeric Sevin : un combat contre les éléments
La remorque est prête, solidement attelée au van stationné sous les arcades historiques qui traversent les quais de La Réole. À quelques mètres seulement, la Garonne ondule avec des mouvements réguliers et inquiétants. Émeric Sevin, commerçant local, s'arrête un instant pour fixer le fleuve du regard. « J'ai l'impression que ça remonte déjà… » confie-t-il avec une appréhension palpable.
Dans son épicerie, située à quelques centimètres seulement au-dessus du niveau du fleuve ce mercredi 18 février, il avait pourtant commencé à entrevoir une lueur d'espoir. Lundi dernier, il a pu enfin y retourner après l'inondation. Tourner les clés, ouvrir la porte précédemment inaccessible à cause de la crue, et découvrir l'étendue des premiers dégâts. « J'avais 25 centimètres d'eau. Ce n'est pas comme certains riverains, mais c'est deux fois plus qu'en 2021. » explique-t-il.
Avec l'aide précieuse d'agents municipaux, il a entrepris d'enlever le limon qui s'était accumulé partout. Frotter, rincer, ventiler : mais pour combien de temps cette course contre la montre pourra-t-elle durer ? La marchandise avait été mise à l'abri avant la première crue, mais cette fois, il prend des mesures plus radicales. Il démonte méticuleusement les meubles et va les stocker plus en hauteur, dans un garage qu'on lui prête généreusement. « Je ne veux pas qu'ils prennent l'eau une deuxième fois […] En 2021, on parlait d'une crue centennale. Pas du tout. Cinq ans plus tard, on y est encore. » Le commerçant réfléchit sérieusement à déménager son activité plus en hauteur dans la ville : « C'est écœurant. » avoue-t-il avec amertume.
Un répit bien trop court selon les autorités
Ce mercredi, la préfecture a évoqué toute la journée une « tendance à la hausse » préoccupante sur le secteur de La Réole et de la Garonne girondine. La décrue amorcée en début de semaine pourrait n'être qu'un simple répit temporaire, selon les dernières analyses de Vigicrues. Le fleuve pourrait atteindre le niveau alarmant de 9,70 mètres jeudi à la mi-journée dans cette commune du sud du département, après un pic historique à 9,86 mètres dimanche 14 février.
Dans le département de la Gironde, d'autres communes restent très sévèrement touchées par ces inondations répétées, de Bourdelles à Barie, en passant par Gironde-sur-Dropt ou encore Cadillac-sur-Garonne. En milieu de journée, la sirène d'alerte a de nouveau retenti bruyamment à La Réole, signalant une hausse supplémentaire de 50 centimètres du niveau des eaux.
Le témoignage poignant de Frédéric et Tony
À quelques rues seulement de l'épicerie d'Émeric, Frédéric veut encore croire que le plus dur est passé. Dans son garage, 20 à 25 centimètres d'eau sont rentrés lors de la crue. Il a protégé sa cour et sa maison avec des batardeaux de fortune, « mais il ne fallait pas beaucoup plus », glisse-t-il avec une pointe de résignation.
De l'autre côté du centre-ville, dans le quartier résidentiel de La Rouergue, la pluie tombe à grosses gouttes persistantes. Elle dessine des ronds serrés et hypnotiques à la surface de l'eau stagnante qui envahit tout. Tony est venu après sa journée de travail. Voir, « juste voir » l'étendue des dégâts. Chez lui, complètement envahi par les eaux, il estime à environ 1,5 mètre la hauteur maximale atteinte par la crue. En 2021, c'était 1,20 mètre. « On avait dû tout refaire : le sol, la cuisine, le placo… C'est terrible pour nous. Et là, on en prend une deuxième en même pas cinq ans. C'est affreux… »
Lui et sa famille dorment actuellement dans un gîte d'urgence, pas très loin de leur maison inondée. Mais vendredi dernier, ils expliquent être partis dans la précipitation la plus totale. Trop vite. « On n'a rien pu monter. Même pas les meubles les plus importants. Et on pensait pouvoir revenir rapidement pour évaluer les dégâts, voir à quoi ça ressemble, ce qu'on a perdu, mais non. » Ici, l'eau est arrivée sournoisement par les champs environnants, avant même de passer au-dessus des digues de protection, refermant littéralement le quartier en un étau aquatique. Partir définitivement ? « On y pense de plus en plus, confie l'habitant avec émotion. On est propriétaires… Mais ça commence à être très lourd psychologiquement et financièrement. »



