Il y a 17 ans, la grêle dévastait les vignes de Charente
Il y a 17 ans, la grêle dévastait les vignes de Charente

Il y a 17 ans, la grêle dévastait les vignes de Charente

Il y a dix-sept ans, de violents orages de grêle s'abattaient sur la Charente, de Rouillac à Blanzac, causant d'énormes dégâts. Plus de 3 000 hectares de vignes furent détruits. Retour sur cette catastrophe météorologique avec l'article paru le lendemain : « On est submergé ! »

Une soirée d'appels d'urgence

Hier soir, après le passage des orages d'ouest en est dans le département, le centre opérationnel d'incendie et de secours a été inondé d'appels. « Les intempéries ont particulièrement touché les secteurs de Rouillac, Blanzac, Angoulême et La Rochefoucaud », indiquaient les secours.

Du « jamais vu » du côté de Rouillac

« Gros comme des petits pois », puis « œufs de pigeons » ou « balles de ping-pong », les grêlons ont assommé Rouillac. Aucune végétation n'a résisté. Le sol était jonché de feuilles mâchées. Les premières caves et pas-de-porte furent inondés dès 18 h 30. La salle culturelle du « 27 » faisait partie des innombrables bâtiments touchés. Les toits des voitures exposées étaient criblés.

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Devant la boulangerie Huron, au cœur du centre-bourg, des amas de près de 50 cm de glace étaient encore charriés à la pelle à 20 heures. La population s'organisait pour réguler la circulation. Corinne et Dominique Huron n'avaient « jamais vu ça ».

Un PC de crise fut monté au centre de secours. Trente-sept sapeurs-pompiers s'activaient sous le commandement des capitaines Charrier et Lelong dans douze engins de Rouillac, Cognac, Angoulême et de l'état-major départemental. À 20 h 15, sept interventions avaient été effectuées, douze étaient en cours, neuf autres programmées. Les secours dînèrent sur place.

Dans la campagne, au lieu-dit Chez Fleurent, c'était « la désolation ». Plus d'électricité, voitures bloquées… Bertrand Feugnet faisait le tour de ses 18 ha de vignes : « Il ne reste plus rien, plus une feuille, toutes les grappes sont par terre. » Même consternation devant ses orges, « tous les épis sont brisés en deux, retournés ». Ses maïs avaient à peine mieux résisté. Impossible de dire combien de centimètres étaient tombés : son pluviomètre avait explosé. Heureusement, son groupe électrogène permettrait de nourrir les cochons.

Des grêlons énormes au sud de Barbezieux

« Je ne me souviens pas de grêlons aussi gros. Un orage comme celui-là, je n'ai pas dû en voir depuis 1953 », confiait Paul Gadras, retraité à Condéon. Son demi-hectare de kiwis était devenu hirsute, les branches effeuillées pointant vers le ciel. « Les arbres allaient fleurir d'ici un mois et demi. Sur les 300 à 500 fruits que compte un pied, il va en rester une cinquantaine. C'est une catastrophe. »

Les grêlons étaient plus gros que des pièces de 2 €. Sur la route, les feuilles des arbres hachées formaient une véritable patinoire. « Les fruits sont perdus d'avance. Les pêches, les prunes, les cerises, nombreuses cette année, sont grosses comme des noisettes. Mais une fois touché, le fruit est abîmé. Il ne pourra évoluer », se désolait ce jardinier.

David Perrier, agri-viticulteur à Condéon, inspectait ses 25 hectares de vignes : « C'est foutu ! Je pense que la récolte de 2009 est détruite à 85 %. Toutes les tiges qui portent les grappes sont cassées. Il ne reste quasiment rien. Je venais juste d'effectuer un traitement par sulfatage. Le pire, c'est qu'il va encore falloir traiter pour que les tiges cicatrisent. » Problème supplémentaire : certains exploitants n'étaient pas assurés. « C'est beaucoup trop cher. On ne peut pas se permettre. Il ne reste qu'à espérer que la zone soit déclarée officiellement sinistrée. » David Perrier a conservé des grêlons dans son congélateur : « On ne sait jamais. S'ils veulent voir les responsables des dégâts. »

Jardins déchiquetés et inondations à Blanzac

Vers 18 h 45, la pluie de grêlons s'est abattue avec une puissance phénoménale sur le canton de Blanzac. Le déluge a duré une vingtaine de minutes, blanchissant les routes et les champs d'une couche de 10 à 20 cm de grêlons compacts. Sur la RD 5 entre Chadurie et Blanzac, la visibilité était quasiment nulle.

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À l'entrée est du bourg, des torrents de boue ont dévalé la colline sur une chaussée détrempée, tandis qu'au centre du village les gendarmes aidaient un convoi exceptionnel à dégager la rue Marot. Très vite, les quartiers situés au fond de la vallée du Né furent inondés. À 19 h 15, les habitants commençaient à sortir le nez de leurs habitations, contemplant le désastre : des rues encore couvertes de grêlons et des jardins déchiquetés.

Deux récoltes compromises

« Rouillac est rayé de la carte. On est abasourdi, on a les larmes aux yeux. » Hier soir, Christophe Véral, président de la Fédération des viticulteurs producteurs de Cognac, peinait à réaliser la violence de l'épisode. Il a passé sa soirée à récolter des témoignages : « C'est tombé à Rouillac, Vaux-Rouillac, Mérignac, Fleurac, Foussignac jusqu'à Jarnac. La viticulture va devoir faire preuve de solidarité. Les premiers et les deuxièmes boutons sont touchés. Ce qui veut dire qu'il n'y aura pas de récolte en 2009, ni en 2010. »

Les deux syndicats, SGV et SVBC, ont également passé leur fin de journée à mesurer l'ampleur des dégâts. La grêle, très localisée, a épargné le secteur de Segonzac mais s'est abattue sur Saint-Fort-sur-le-Né. Pascal Martin, viticulteur, a assisté impuissant au déluge de grêle « pendant vingt minutes ». Les intempéries ont touché douze de ses vingt hectares de vignes. « Le champ de tournesol était tout blanc comme s'il avait neigé. J'ai téléphoné à des collègues dans le bourg de Saint-Fort. Entre 50 et 75 % de leurs vignes étaient touchées. »