Pour la quatrième année consécutive, la mesure d'interdiction de la pêche est reconduite dans le Golfe de Gascogne pour 2027. La ministre chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, a annoncé jeudi à Cherbourg un nouveau mois sans pêche afin de continuer à protéger les dauphins des captures accidentelles.
Une annonce attendue mais redoutée
Cette décision, fruit de discussions parfois tendues ces derniers mois, a été accueillie en silence par les pêcheurs réunis pour leurs assises annuelles dans le port normand. La mesure prévoit quatre semaines de fermeture en hiver, de la pointe du Finistère jusqu'à la côte basque, avec un dispositif légèrement assoupli : les pêcheurs pourront choisir leur période d'inactivité dans une fenêtre élargie de six semaines, entre le 15 janvier et le 27 février.
Les efforts des pêcheurs salués
La ministre a salué les « efforts » déjà consentis par les pêcheurs pour réduire les prises accidentelles, avec 115 navires déjà équipés de caméras. Cependant, elle a déploré que « les conditions n'étaient pas réunies pour ouvrir le golfe l'année prochaine ». Le comité national des pêches, qui défendait une fenêtre plus large de trois mois (1er janvier-31 mars) pour permettre aux entreprises de mieux s'organiser, salue tout de même une « évolution des modalités de fermeture » dans un communiqué.
L'amertume des pêcheurs
L'amertume était palpable dans les allées de la Cité de la mer à Cherbourg. Serge Larzabal, président du comité régional des pêches de Nouvelle-Aquitaine, a grondé : « Celui qui est le plus en danger, c'est un mammifère d'exception, le marin-pêcheur », regrettant un dispositif qui va aussi pénaliser les criées. Sont potentiellement concernés un peu moins de 300 bateaux de plus de 8 mètres, qui bénéficieront d'une indemnisation gouvernementale à hauteur de 80 % de leur chiffre d'affaires, comme les années précédentes.
Réduction des captures accidentelles
Cette fermeture du golfe a réduit de 60 % les captures accidentelles à l'hiver 2024/2025, selon l'observatoire Pelagis rattaché au CNRS et à l'Université de La Rochelle (1.900 dauphins communs morts contre 4.700 en moyenne par hiver entre 2017 et 2023). Le CIEM, organisme scientifique international de référence, estime à 4.900 morts au maximum par an le niveau soutenable pour l'espèce dans « l'unité de gestion de l'Atlantique du Nord-Est », une zone bien plus vaste que le golfe de Gascogne.
Renouvellement et modernisation de la flotte
La ministre a également présenté comme une priorité « le renouvellement et la modernisation de la flotte », un « engagement partagé » pour la transition énergétique avec le comité des pêches. « C'est pourquoi, sans attendre la révision de la politique commune des pêches » européenne, elle a dit porter actuellement à Bruxelles une « demande de simplification et de facilitation des financements » pour l'acquisition ou la construction d'un navire.
Interdire les navires de plus de 25 mètres ?
Sur toute la façade de la Manche, la question du partage de l'espace est particulièrement aiguë, entre activités de pêche, chantiers éoliens, aires marines protégées, transports, etc. Les professionnels normands, qui défendent la pêche artisanale « pas délocalisable », réclament avec force de voir la bande côtière française des 12 milles nautiques interdite aux navires de plus de 25 mètres, qui font la quasi-totalité de leur chiffre d'affaires au-delà des 12 milles.
« La Manche-Est constitue un véritable défi » pour la cohabitation, a reconnu Catherine Chabaud, annonçant avoir lancé « une mission de concertation » qui pourrait conduire à l'exclusion des navires de plus de 25 mètres dans cette zone, après une consultation des États membres concernés. Le président du comité régional normand, Dimitri Rogoff, qui a dénoncé un « pillage systématique » de la ressource par de gros armements notamment néerlandais en Manche-Est, a regretté une « non-annonce ».



