À l'approche du 15 août, la tradition des feux d'artifice se heurte à une réalité climatique de plus en plus prégnante. Alors que la sécheresse et le risque de feux de végétation touchent de nombreux départements, les communes et les habitants sont de plus en plus divisés sur l'opportunité de maintenir ces spectacles pyrotechniques. Certaines villes ont déjà annulé ou reporté leur feu, d'autres le remplacent par des alternatives comme des spectacles de drones, tandis que d'autres encore maintiennent le tir sous réserve des conditions météorologiques et sécuritaires.
Des riverains inquiets à Saint-Mammès
À Saint-Mammès, près de Fontainebleau, une dizaine de riverains proches de la zone de tir ont demandé au maire d'annuler ou de reporter l'événement, sans succès pour l'instant. Marion Fortini, l'une des riveraines, explique à 20 Minutes : « Le feu est tiré à une centaine de mètres d'une zone sensible et protégée qui a été fermée du 28 juillet au 3 août par décision administrative pour risque d'incendie. Il est également tiré non loin d'une station de Fioul et d'approvisionnement de péniches. Il nous apparaît déraisonnable de prendre de tels risques. »
La mairie se veut rassurante, mais ses propositions sont jugées « ubuesques » par la riveraine, qui montre son jardin complètement desséché. « Jusqu'à cette année, c'était très beau de voir de si près le feu d'artifice, souligne-t-elle, et l'on pouvait sourire sur cette situation mais les incendies de cet été et la question du réchauffement climatique ont changé notre perception du danger en cette saison. » Elle rappelle qu'un feu d'artifice a déclenché un départ de feu dans un champ de chaume en Lot-et-Garonne samedi dernier. Les riverains se mobilisent et n'excluent pas un dépôt de plainte pour mise en danger de la vie d'autrui et un recours citoyen auprès du conseil administratif en procédure d'urgence.
Un secteur économique fragilisé par les annulations du 14 juillet
Les feux d'artifice du 15 août représentent un enjeu économique majeur pour les professionnels de la pyrotechnie. De nombreux feux du 14 juillet ont déjà été annulés ou reportés, entraînant près de 80 % d'annulations en juillet pour certaines entreprises, mettant en danger leur survie économique. Bernard Deom, président du Syndicat de la pyrotechnie de spectacle et de divertissement (SPSD) et directeur d'Euro Bengale dans les Ardennes, confiait à 20 Minutes que les annulations ont entraîné des conséquences économiques importantes : stocks d'artifices non utilisés, locations de véhicules et nuitées d'hôtels annulées au dernier moment, et réduction drastique du personnel mobilisé.
Certaines communes refusent de faire l'impasse sur cet événement festif. À Gruissan, dans l'Aude, le feu d'artifice est maintenu face à la plage des Chalets, présenté comme l'un des temps forts de la fête du 15 août. À La Baule-Escoublac, en Loire-Atlantique, après l'interdiction préfectorale du 14 juillet, la ville a reporté le feu au 15 août pour maintenir ce rendez-vous attendu par les habitants et les visiteurs. De nombreuses communes indiquent qu'elles tireront leur feu sous réserve que les conditions météorologiques et sécuritaires le permettent.
Les opposants mettent en avant le risque d'incendie
Les opposants aux feux d'artifice lancent des pétitions en ligne, mettant en avant le risque immédiat de déclencher un incendie. Ils s'appuient sur les chiffres du ministère de l'Intérieur et du ministère de la Transition écologique, qui indiquent qu'environ neuf feux sur dix sont d'origine humaine. Une campagne nationale de prévention insiste sur la nécessité d'éviter les comportements susceptibles de provoquer un départ de feu.
Certaines communes vont plus loin. À Fleury d'Aude, en bord de mer Méditerranée, le feu d'artifice du 15 août est annulé, et les barbecues, braseros, réchauds à gaz et tout dispositif de flamme en plein air sont interdits jusqu'au 31 août au moins.
Des décisions contrastées selon les territoires
Les décisions prises cet été montrent que le risque n'est pas considéré de la même manière partout. Dans les Landes, classé vigilance orange feu de forêt (3 sur 5), le préfet Gilles Clavreul a interdit les feux d'artifice sur l'ensemble du département à compter du mardi 4 août, avec des dérogations pour certains spectacles publics tirés depuis la plage ou au-dessus de l'eau, sous conditions précises.
Dans le Vaucluse, le préfet avait déjà interdit cinq spectacles pyrotechniques fin juillet face à un risque de feu de forêt jugé extrêmement élevé. À Bourgueil, en Indre-et-Loire, le feu musical prévu le 15 août est reporté, une « nouvelle date sera communiquée ultérieurement suivant l'évolution des conditions climatiques ». Enfin, à Arcachon, région fortement touchée par les incendies, le traditionnel feu d'artifice du 15 août est remplacé par un spectacle de drones sur le thème de la mer, par « solidarité et en responsabilité », a annoncé la mairie.



