L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a franchi le cap des 2 000 morts, selon un bilan publié mardi 11 août par les autorités congolaises. Ce bilan fait état de 4 381 cas confirmés et de plus de 2 000 décès, un chiffre qui a doublé depuis le 22 juillet, date à laquelle le seuil symbolique des 1 000 morts avait été atteint. L'épidémie, qui sévit depuis plus de trois mois dans l'Est et le Nord-Est du pays, se rapproche dangereusement du bilan de la précédente flambée de 2018-2020, la plus meurtrière en RDC avec près de 2 300 morts en vingt-deux mois.
Une propagation cinq fois plus rapide
Les autorités sanitaires affirment que l'épidémie actuelle se propage cinq fois plus vite que les précédentes à ce stade. Lors de l'épisode de 2018-2020, il avait fallu plus de dix mois pour dépasser les 2 000 cas confirmés à l'Est. Cette fois, ce chiffre a été atteint en environ deux mois, fin juillet. La transmission se fait souvent lors des rites funéraires, et les travailleurs humanitaires tentent, malgré une forte défiance de la population, d'organiser des enterrements respectant des mesures sanitaires strictes.
Une détection tardive et des erreurs de diagnostic
La souche Bundibugyo du virus s'est propagée sans être détectée pendant des mois avant que l'épidémie ne soit déclarée en mai. "La détection de l'épidémie a été très tardive. Celle-ci a probablement commencé à circuler dès janvier, mais elle n'a pas été détectée et confirmée avant les mois d'avril-mai, ce qui a laissé au virus le temps de s'infiltrer dans les communautés", explique Jean-Jacques Muyembe, virologue congolais de renommée mondiale qui a codécouvert le virus en 1976, dans un entretien au Monde. Des cas précoces ont été diagnostiqués à tort comme des péritonites. Les services de santé se sont initialement appuyés sur des tests pour la mauvaise souche, et les échantillons envoyés à Kinshasa ont été mal gérés. "Cette flambée s'est en outre propagée dans la région la plus densément peuplée de la RDC, avec des conflits armés et de nombreuses activités minières, ce qui a favorisé la propagation du virus et a rendu la situation hors de contrôle", ajoute Muyembe.
Des équipes de surveillance débordées
En juillet, l'OMS estimait qu'environ 80 % des nouvelles infections survenaient en dehors des chaînes de transmission connues. Une visite de Reuters dans la province d'Ituri a révélé que les équipes de traçage des contacts manquent de ressources et sont submergées. Jean-Jacques Muyembe pointe également "un problème interne, au niveau de la coordination nationale de la riposte, qui a été confiée à une jeune institution, l'INSP (l'Institut national de santé publique, créé en 2022). Elle était en phase de mise en place lorsque l'épidémie s'est déclarée et ne disposait pas de l'expérience accumulée par l'Institut national de recherche biomédicale".
Des réductions d'aide et des pénuries
Les réductions de l'aide internationale ont affecté la surveillance et la riposte. L'Usaid était sur le point d'attribuer un contrat de cinq ans en 2025 pour la surveillance sanitaire en RDC lorsque l'agence a été fermée par l'administration Trump. Cette décision a "affaibli le mécanisme de surveillance des épidémies partout dans le pays", selon Muyembe. Dès juin, des éléments clés de la riposte manquaient de financement et de personnel. À la mi-juillet, l'OMS avait reçu moins de la moitié des fonds nécessaires. Le personnel de santé a manifesté pour réclamer le paiement de ses salaires impayés.
Pas de vaccin homologué pour la souche Bundibugyo
Contrairement à la souche Zaïre, pour laquelle il existe des vaccins et des traitements, aucun vaccin homologué ni traitement éprouvé n'existe pour la souche Bundibugyo. "Des études ont quand même été menées sur la souche Bundibugyo", tempère Muyembe, mais la question du marché se pose. Les experts de l'OMS ont recommandé vendredi 7 août d'évaluer le vaccin Ervebo, seul vaccin homologué contre Ebola, dans un essai clinique. Le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué sur X des "bonnes nouvelles". Les données disponibles permettent d'envisager une évaluation en phase 3.
Une épidémie loin d'être maîtrisée
Mi-juillet, l'OMS a déclaré que l'ampleur de l'épidémie pourrait dépasser de deux à quatre fois les estimations officielles. "Nous n'avons pas encore atteint le pic", a déclaré le ministre de la Santé congolais, Samuel Roger Kamba, mardi 11 août. "Dans les trois mois qui viennent, on pense qu'on aura déjà maîtrisé la progression et qu'on va commencer à voir la diminution du nombre de cas", a-t-il affirmé. L'insécurité et la défiance de la population compliquent la riposte. "Nous ne voyons que 30 % des personnes, tandis que 70 % des personnes meurent chez elles", a assuré lundi 10 août Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, lors d'une conférence de presse à Bunia. "C'est pour cela que cette épidémie d'Ebola est différente", a-t-il estimé.



