Le 24 juin 2026, un double séisme a dévasté le Venezuela, faisant près de 1 500 morts et des dizaines de milliers de disparus. Pour Camila Ríos Armas, présidente de l'association Singa et directrice d'UniR, cette tragédie résonne à la fois de loin et de près. Dans une tribune poignante, elle décrit l'angoisse des appels familiaux, l'attente insoutenable et la solidarité qui émerge des ruines.
Une nuit de terreur et d'attente
Alors que Paris suffoque sous la canicule, un message WhatsApp de sa cousine à Lima brise le silence : « ESTÁN BIEN ? » Sa tante répond : « Oui, il y a eu un temblor, mais nous sommes OK. » Mais au Venezuela, la distinction entre temblor (secousse) et terremoto (tremblement de terre meurtrier) est vitale. Rapidement, les nouvelles confirment qu'il ne s'agit pas d'un simple temblor, mais de deux séismes historiques, les plus puissants depuis 1900.
Camila tente de joindre ses parents et son filleul, en vain. Sa sœur insiste, la peur grandit. Finalement, une amie parvient à les contacter. Le soulagement est immense, mais la réalité s'impose : les images de bâtiments effondrés à Caracas, notamment dans un quartier qu'elle affectionne, circulent sur les réseaux sociaux.
La solidarité face à l'absence d'État
Très vite, la société civile s'organise. Des voisins deviennent secouristes, des citoyens se transforment en reporters. « L'État en faillite nous violente par son absence », écrit Camila. Vingt-cinq ans d'abandon des services publics ont laissé le peuple vénézuélien livré à lui-même. Pourtant, les mains se tendent : des volontaires creusent avec des pelles, des perceuses, tandis que les motos apportent l'aide que le gouvernement n'a pas fournie.
Une photo d'un graffiti résume la situation : « Donde no llega el Estado, llega el pueblo » (« Le peuple arrive là où l'État n'arrive pas »). Une autre montre une affiche de Chávez parmi les décombres, symbole d'un héritage contesté.
Vivre entre deux mondes
Camila confie devoir « faire semblant, aller au travail », cachant ses larmes dans les toilettes. Elle célèbre la future naissance de l'enfant d'une collègue, tandis que son cœur est au Venezuela. « Les deux mondes qui m'habitent sont en désynchronisation », écrit-elle.
Les réseaux sociaux relaient des appels à l'aide : des familles donnent la géolocalisation de leurs proches disparus. Des histoires de survivants émergent : un nouveau-né de 18 jours sauvé, des animaux retrouvés, une mère suivie sur Instagram. « Je me réjouis comme s'ils étaient mes proches », témoigne-t-elle.
Une mobilisation à distance
Une amie lui demande : « On fait quoi ? » Camila propose un groupe WhatsApp et une collecte de dons. « De loin, nous sommes 8 millions à vouloir aider », souligne-t-elle, évoquant la diaspora vénézuélienne. L'orage parisien se mêle à la pluie qui transforme les décombres en boue. « Pour un instant, mes deux mondes se synchronisent », conclut-elle, avant de cacher son cri sous le tonnerre.
Camila Ríos Armas est présidente de Singa, directrice d'UniR et enseignante à Sciences-Po Paris. Cette tribune n'engage que son autrice.



