Le climat s'invite désormais dans les décisions de déménagement des Français. Selon le baromètre 2026 du déménagement réalisé par Ipsos pour Nextories, 30% des personnes prévoyant de changer de résidence dans les douze prochains mois citent la recherche d'un « environnement plus agréable » comme motivation, contre 27% en 2025.
Des témoignages qui illustrent une tendance
Marie-Christine, 81 ans, et son mari ont quitté La Croix-Valmer (Var) pour Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) en novembre dernier. « Dans le Sud, les étés étaient de plus en plus chauds et on souffrait de la chaleur. Nous avons été évacués trois fois à cause des incendies. Je ne me voyais pas revivre ça avec mon mari atteint d'Alzheimer », explique-t-elle. Le couple s'est rapproché de leur fille et de leurs petits-enfants, ainsi que d'infrastructures hospitalières.
Augustin, 39 ans, sa femme et leurs trois enfants ont déménagé de Paris pour Bordeaux (Gironde) début avril, pour fuir la pollution de l'air. « Je sentais clairement la différence entre des vacances à l'air pur et le retour à Paris », raconte ce directeur commercial. Il ne voulait pas « voir grandir » ses enfants « dans cet environnement pollué ». Depuis, le quotidien a changé : un parc à côté, l'école à vélo, la mer pas loin. « On est clairement moins exposés à la pollution. En termes de qualité de vie pour les enfants, la différence est indéniable », assure-t-il.
Les risques environnementaux préoccupent largement
C'est la première fois que l'étude se penche sur le poids des critères environnementaux dans le choix du futur lieu de vie. Les résultats sont marquants : 68% des répondants accordent une haute importance au risque d'inondation, 57% aux incendies, 53% à la pollution de l'air, 53% à la pollution de l'eau, 44% à la canicule et 41% à l'érosion.
« On ne s'attendait pas à avoir des niveaux aussi élevés de réponses, notamment pour les inondations, observe Julien Bardet, PDG de Nextories. Le gros enseignement de notre étude, c'est que le climat fait désormais partie des critères de choix. »
Des disparités régionales
Les répondants de la région Nord accordent davantage d'importance aux inondations (63%), tandis que les habitants du Sud et du Sud-Est se disent plus concernés par les incendies (38% de notes maximales sur le pourtour méditerranéen) et la canicule (33% dans le Sud-Est). Les Franciliens sont plus attentifs au risque d'inondation et à la pollution de l'air.
Le climat, une motivation encore secondaire mais croissante
Pour autant, le climat ne supplante pas encore les autres raisons de déménager. « Tout ce qui a un impact sur la qualité de vie est une motivation », nuance Julien Bardet, qui estime que la tendance ne peut que s'accentuer : « Les phénomènes d'inondation, de grandes sécheresses, de canicules vont impacter la mobilité résidentielle. »
Le climat influence aussi le type de logement recherché. Selon un sondage OpinionWay pour Demeco, 88% des Français citent au moins un changement qu'ils pourraient mettre en place dans leur futur logement, dont l'amélioration thermique (45%).
Maïté, consultante en marketing de 52 ans, a changé de maison au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) pour une maison rénovée classée B, équipée d'une pompe à chaleur, double vitrage et meilleure isolation. « Je paye un quart de ce que je payais avant », explique-t-elle, vivant désormais dans un cocon plus calme et mieux isolé du bruit.
Le portefeuille reste le premier arbitre
L'économie domine largement les arbitrages. 44% des Français ayant un projet de déménagement ont dû le reporter ou y renoncer au cours des douze derniers mois à cause du contexte économique. Parmi eux, 58% invoquent l'augmentation du coût de la vie, 42% le prix de l'immobilier trop élevé, 27% la pénurie de logements.
Pour la première fois, la hausse du coût de la vie passe devant le prix de l'immobilier. « Là où on était plutôt sur des déménagements choisis, de confort, on est aujourd'hui sur une mobilité plus contrainte, plus subie », résume Julien Bardet.



