Dans le Var, les incendies de l'été 2026 ont ravagé des milliers d'hectares de forêt. La question de la reconstitution des sols calcinés se pose désormais avec acuité. Faut-il replanter des pins, comme par le passé, ou privilégier des feuillus, réputés moins inflammables ? Le débat divise les acteurs locaux et les scientifiques.
Des pins historiquement dominants, mais vulnérables au feu
Historiquement, les forêts du Var sont dominées par les pins, notamment le pin d'Alep et le pin maritime. Ces essences, bien adaptées au climat méditerranéen, ont pourtant un inconvénient majeur : elles sont très inflammables, surtout en période de sécheresse. Leurs aiguilles et leur écorce riches en résine favorisent la propagation des flammes.
Après les grands incendies de 2026, qui ont détruit près de 12 000 hectares, les autorités locales réfléchissent à une diversification des essences. Certains élus et gestionnaires forestiers plaident pour une plus grande part de feuillus, comme le chêne vert ou le chêne-liège, qui résistent mieux au feu et ralentissent sa progression.
Les feuillus, une alternative séduisante mais risquée
Les feuillus présentent en effet des atouts non négligeables. Leur feuillage dense et humide en été freine la combustion. Leur système racinaire profond stabilise les sols, réduisant l'érosion après les incendies. De plus, ils offrent un habitat favorable à une biodiversité différente de celle des pinèdes.
Cependant, les experts mettent en garde contre une transition trop brutale. « Le pin d'Alep a une capacité de régénération naturelle remarquable après le feu, explique un chercheur de l'INRAE. Les feuillus, eux, mettent plus de temps à s'établir et nécessitent des conditions de sol et d'humidité précises. » Dans un contexte de changement climatique, où les sécheresses s'intensifient, certains feuillus pourraient avoir du mal à survivre.
Une gestion pragmatique et progressive préconisée
Face à ces incertitudes, les forestiers recommandent une approche pragmatique. Il ne s'agit pas de remplacer massivement les pins par des feuillus, mais de créer des forêts mosaïques, mélangeant plusieurs essences, pour augmenter la résilience globale. Des plantations expérimentales sont déjà en cours dans certaines zones sinistrées.
Le débat est aussi économique : la filière bois locale dépend en grande partie des pins, utilisés pour le bois d'œuvre et la pâte à papier. Une conversion trop rapide aurait des conséquences sur l'emploi. Les élus locaux, soucieux de préserver l'activité, plaident pour une transition progressive, accompagnée d'aides publiques.
En attendant, les premiers résultats des plantations expérimentales, prévus dans cinq ans, devraient fournir des données précieuses. D'ici là, les collectivités et les services de l'État devront trancher : privilégier la sécurité face au feu ou le maintien d'une économie forestière traditionnelle.



