L'étang du Ponant, situé entre l'Hérault et le Gard, connaît un ensablement massif de sa rive côté Grau-du-Roi et une concentration de sel particulièrement élevée en cette période sèche, selon l'association des riverains du Ponant. Des mesures effectuées par l'association indiquent une salinité de 35 grammes par litre dans l'étang, contre 33 grammes par litre pour l'eau de mer, un niveau qui commence à affecter la végétation environnante.
Un phénomène d'ensablement qui s'aggrave
Bernard Aubert, président de l'association des riverains du Ponant et ancien ingénieur, alerte sur l'affouillement créé au pied du pont de la passe des Abîmes. "Attention tout de même ! Il y a un affouillement du côté de la pile du pont, c'est dangereux", avertit-il. Les eaux douces du Vidourle, en rejoignant la mer, ne s'étalent pas entièrement sous le pont mais creusent côté Grande-Motte, là où les bateaux trouvent plus de fond.
Les photos aériennes comparatives montrent une aggravation nette : en 2005, le sable se concentrait déjà côté Grau-du-Roi, mais de manière moins massive qu'en 2026, où la plage du Boucanet s'est considérablement réduite. "Quand on observe les photos aériennes, on voit vraiment le phénomène s'aggraver", poursuit Bernard Aubert.
Une salinité supérieure à celle de la mer
L'association a réalisé des mesures de salinité à l'aide d'une sonde. "Hélas, nous n'avons que de petits moyens, mais envoyer une sonde dans la nappe permet de mesurer et la salinité de l'eau, et sa température", explique Bernard Aubert. Les résultats montrent que l'étang se réchauffe plus vite que la mer et présente une salinité supérieure : 35 grammes par litre contre 33 pour l'eau de mer.
Cette année est particulière : les pluies du début d'année ont rechargé la nappe, mais la canicule et la sécheresse estivales ont aggravé la situation. "En général la salinité est la plus faible en janvier et au maximum fin juillet", précise-t-il. Les conséquences se font déjà sentir : "Les racines des arbres en bordure de roubine commencent à toucher le sel et on a déjà des sujets qui sont morts." Les vignobles proches de l'étang ont également subi des pertes liées aux remontées de sel.
Un site fréquenté entre nature et activités calmes
Malgré ces constats, l'étang du Ponant reste un lieu très fréquenté. La commune de La Grande-Motte a aménagé sur la presqu'île du Ponant un parcours nature d'une durée de 30 à 45 minutes à pied, jalonnée d'œuvres d'art avec des QR codes. La presqu'île a connu jusqu'aux années 90 des dépôts sauvages de gravats, mais la nature s'y est réinstallée et une convention a été passée avec un manadier qui y fait paître ses chevaux.
Une boucle cycliste d'environ 14 km permet de faire le tour complet de l'étang en passant par la pinède du Boucanet. Le site abrite aussi un petit port de plaisance, Port Grégau, et des activités nautiques pour débutants : ski nautique et, depuis peu, wing foil. Les eaux chaudes de l'étang attirent les poissons, et la municipalité entend conserver ce lieu comme espace d'activités calmes, sans baignade ni scooter des mers.
La nappe phréatique sous pression
La commune de La Grande-Motte repose sur une nappe phréatique d'eau douce, alimentée par les pluies et par les arrosages provenant de l'eau brute du bas-Rhône, à l'exception d'une partie du golf qui bénéficie depuis 2024 d'eaux réutilisées. "L'eau de mer pénètre dans le substrat sous-jacent sableux sur toute l'étendue de la commune. Or cette nappe salée ne se mélange pas à l'eau douce qui est plus légère de 5 % s'installe dessus, repousse vers le bas la nappe salée pour former une lentille d'eau douce", explique Bernard Aubert, membre de l'Académie des sciences et lettres de Montpellier.
En période de sécheresse, l'épaisseur de cette lentille diminue et l'eau de mer remonte, d'où le contact avec les racines. Pour lui, "La Grande-Motte est un parfait indicateur de la façon dont les littoraux de faible altitude réagissent aux aléas climatiques." Le rideau de cyprès de Leyland bordant le golf présente déjà quelques sujets atteints par le sel.
La commune conserve toutefois une marge de manœuvre avec ses 45 000 arbres de haute tige, ses 200 000 arbustes et ses 340 000 vivaces, auxquels s'ajoutent 150 hectares de pelouse et gazon, qui préféreront toujours l'eau douce à l'eau salée.



