Un espoir pour la grande nacre de Méditerranée, menacée d'extinction
Dans les eaux de la lagune de Thau, un projet ambitieux baptisé "Recrue" redonne espoir pour la survie de la grande nacre (Pinna nobilis), le plus grand bivalve de Méditerranée, aujourd'hui classé en danger critique d'extinction. Porté par le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT), cette initiative inédit vise à organiser la collecte et la conservation de jeunes spécimens découverts de manière fortuite dans les élevages conchylicoles.
Une découverte fortuite qui change la donne
Tout a commencé par l'observation attentive d'un conchyliculteur de Loupian, dans l'Hérault. Sur ses installations dédiées à l'élevage d'huîtres, il a repéré de minuscules grandes nacres fixées sur des filets et lanternes. Cette présence rare et précieuse a immédiatement alerté les acteurs du territoire. Face à cette découverte inattendue, le SMBT a décidé de structurer une réponse collective pour préserver ces jeunes individus, appelés "recrues".
Un parasite dévastateur et un effondrement dramatique
La grande nacre, espèce endémique de Méditerranée, est strictement protégée depuis des années. Mais depuis 2016, un parasite provoque un effondrement catastrophique des populations. Seules quelques lagunes et zones côtières abritent encore des spécimens. Dans ce contexte alarmant, la lagune de Thau joue un rôle majeur avec une population estimée à plus de 100 000 individus, faisant de cet étang un véritable sanctuaire.
Le projet "Recrue" : une collaboration essentielle
Le projet repose sur une collaboration étroite entre :
- Les professionnels du Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée (CRCM)
- Les scientifiques de divers instituts de recherche
- Les institutions locales engagées dans la préservation
Concrètement, les nacres collectées pourront être :
- Conservées sous des installations pédagogiques au lycée de la mer Paul-Bousquet
- Transférées en bassins expérimentaux pour des études approfondies
- Intégrées à des programmes de recherche spécifiques
Vers une possible réintroduction
À terme, ces jeunes nacres pourraient servir à des opérations de réintroduction si les conditions environnementales le permettent. L'objectif est double : améliorer les connaissances scientifiques sur cette espèce protégée et contribuer activement à sa sauvegarde. Une nouvelle étape significative a été franchie le 19 mars dernier avec le transfert d'une vingtaine de spécimens vers l'île des Embiez dans le Var, où des chercheurs de l'Institut océanographique Paul-Ricard testeront leur résistance et expérimenteront des protocoles de transplantation.
Une mobilisation territoriale face à l'urgence écologique
Au-delà de la prouesse scientifique, "Recrue" illustre la capacité du territoire à se mobiliser face à l'urgence écologique. En transformant une découverte fortuite en programme structuré, la lagune de Thau s'impose comme un laboratoire à ciel ouvert pour la sauvegarde d'une espèce symbole de la biodiversité méditerranéenne. Le projet bénéficie d'une aide de 35 000 € financée par France Nature Environnement, grâce au soutien de donateurs lors de l'opération "Les super-pouvoirs de l'océan".
Une prise de conscience médiatique
La sensibilisation du public passe également par les médias. Une mini-série "Grande Nacre – Le dernier refuge" a été lancée il y a un mois sur YouTube par France Nature Environnement Occitanie Méditerranée (FNE OcMed). À travers le regard d'experts et l'appui de l'Institut océanographique Paul-Ricard, cette série documentaire montre comment l'aire de répartition de la grande nacre est passée de toute la Méditerranée à seulement quelques lagunes, aboutissant au classement de l'espèce en danger critique d'extinction.
Mathieu Foulquié, ingénieur écologue et doctorant, y explique pourquoi l'étang de Thau est aujourd'hui considéré comme le dernier sanctuaire pour cet animal unique. Cette initiative médiatique complète parfaitement les efforts scientifiques et territoriaux déployés pour sauver la grande nacre de l'extinction définitive.



