La « saison des araignées » qui marque la fin de l'été en France s'explique en grande partie par le comportement reproducteur des mâles tégénaires, et non par une arrivée massive d'araignées venues du jardin. Une vaste étude de science participative menée au Royaume-Uni a recueilli près de 10 000 signalements de tégénaires des genres Tegenaria et Eratigena, avec un pic d'observations à la mi-septembre. Parmi les araignées dont le sexe avait pu être déterminé, 82,3 % étaient des mâles.
Les tégénaires, des habitantes discrètes de nos maisons
En France, les araignées rencontrées dans les habitations sont souvent des tégénaires, notamment du genre Eratigena, capables de vivre dans les bâtiments. Elles tissent leur toile dans les recoins tranquilles de la maison, souvent dans les caves, les garages, les fissures ou derrière les meubles. L'araignée reste généralement cachée dans un petit tunnel de soie relié à cette toile.
L'impression d'une « invasion » venue du jardin est donc trompeuse. Des espèces extérieures peuvent entrer par une fenêtre ou une porte, mais les grandes tégénaires observées à cette période ont souvent grandi discrètement dans la maison ou ses dépendances. Les femelles restent volontiers près de leur toile. À la fin de l'été, c'est surtout le comportement des mâles qui change.
Les mâles se mettent en quête d'une femelle
Chez la tégénaire des maisons (Eratigena atrica), les mâles adultes sont principalement observés d'août à octobre. Une fois matures, ils quittent leur toile et parcourent les bâtiments à la recherche d'une partenaire. Ce pic automnal s'explique donc en grande partie par leur comportement reproducteur : devenus adultes, ils se déplacent à la recherche de femelles et deviennent soudain beaucoup plus visibles dans les habitations.
Une étude menée dans 43 maisons belges a confirmé ce pic automnal. Plus de 800 araignées y ont été collectées : elles étaient particulièrement abondantes en automne, lorsque beaucoup d'espèces se reproduisent. À l'inverse, les araignées venues des jardins pénétraient surtout dans les habitations au printemps.
Ni la pluie ni le froid n'expliquent tout
On entend souvent que les araignées « rentrent au chaud » lorsque les températures baissent. Pour les tégénaires domestiques, cette explication est trop simple : leur pic d'observation coïncide d'abord avec leur cycle reproducteur. Une maison n'abrite en effet pas une seule catégorie d'araignées. Certaines espèces sont étroitement associées aux bâtiments et peuvent y accomplir l'ensemble de leur cycle de vie. D'autres vivent normalement dehors et ne s'y aventurent qu'occasionnellement.
La fin de l'été ne déclenche donc pas nécessairement une arrivée massive d'araignées depuis l'extérieur. Elle change surtout nos chances de les croiser. Une femelle installée derrière un meuble ou dans une cave peut rester longtemps au même endroit et passer totalement inaperçue. Un mâle adulte, lui, abandonne sa toile et se déplace à la recherche d'une partenaire. C'est alors qu'il traverse un salon, longe une plinthe ou se retrouve piégé dans une baignoire. L'impression d'une soudaine « invasion » tient ainsi en grande partie à un changement de comportement, et non à une explosion du nombre d'araignées dans la maison.
Que faire face à une araignée ?
Les remettre systématiquement dehors n'est d'ailleurs pas forcément une bonne idée. Certaines espèces rencontrées dans nos logements sont adaptées à la vie dans les bâtiments et n'arrivent pas nécessairement du jardin. Si une araignée dérange, mieux vaut donc, lorsque c'est possible, la déplacer vers un endroit calme et abrité du bâtiment – cave, garage ou remise – plutôt que de supposer que l'extérieur est toujours son milieu naturel.



