Depuis ce jeudi 27 août 2026, un voile de poussière grisé assombrit le ciel des Alpes-Maritimes et recouvre les carrosseries d'une fine pellicule orangée. Entre fausses informations sur la radioactivité et réelles alertes aux particules fines, Nice-Matin fait le point sur les véritables impacts sanitaires de ce phénomène.
Une rumeur de radioactivité infondée
Une rumeur tenace, régulièrement relayée en ligne à chaque épisode de ce type, affirme qu'il ne faudrait sous aucun prétexte manipuler ou toucher ce sable au motif qu'il serait composé de métaux hautement radioactifs. Mais la réalité scientifique se veut beaucoup plus rassurante. S'il est exact que ces poussières désertiques transportent des traces de césium-137, un élément radioactif issu des essais nucléaires atmosphériques menés dans le désert du Sahara avant 1963, la dangerosité annoncée est totalement infondée.
L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) procède à des relevés systématiques à chaque épisode de poussière. Lors d'un précédent bilan en juin 2024 dans notre région, le taux de concentration de césium-137 (évalué en becquerels) avait effectivement augmenté pour atteindre environ 140 microgrammes par mètre cube. Toutefois, les scientifiques et les experts de l'ASNR se veulent extrêmement rassurants : « les niveaux mesurés dans l'atmosphère restent extrêmement faibles et leur impact dosimétrique, leur rayonnement, est négligeable ».
À titre de comparaison, les estimations de radioactivité dans l'air étaient un million de fois plus importantes après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986. Il n'y a donc absolument aucune raison de s'inquiéter d'une éventuelle radioactivité en nettoyant son véhicule ou en étant exposé à ce sable.
Des particules fines qui pénètrent dans l'organisme
Si la piste radioactive est à écarter, ces épisodes de poussières sahariennes ne sont pas dénués de conséquences pour l'organisme. L'Organisation météorologique mondiale (OMM) estime d'ailleurs qu'ils constituent « une sérieuse menace pour la santé humaine ». Les particules de sable en elles-mêmes sont pourtant inoffensives tant qu'elles conservent un diamètre trop important pour pénétrer dans notre système respiratoire. Le problème survient lorsqu'elles se retrouvent sous forme de particules très fines.
Lorsque ces poussières désertiques se mêlent aux particules grossières (les PM10, d'un diamètre inférieur à 10 micromètres), elles pénètrent dans l'organisme et se déposent principalement dans les bronches, ce qui peut altérer les capacités respiratoires et provoquer des crises d'asthme, des pneumonies, des bronchites ou d'autres infections respiratoires. Pour les particules encore plus fines (inférieur à 2,5 micromètres), le risque est plus profond : elles sont susceptibles d'atteindre les alvéoles pulmonaires, provoquant une inflammation systémique pouvant déboucher sur des complications cardiovasculaires.
En s'ajoutant aux polluants atmosphériques du quotidien générés par les activités humaines, ces poussières naturelles font grimper les concentrations de particules dans l'air et peuvent conduire « à un dépassement des seuils de qualité de l'air fixés pour protéger la santé humaine », comme le souligne l'Anses. Une étude publiée dans la revue scientifique Epidemiology précise que ces poussières désertiques transportent un cocktail varié d'éléments tels que des sulfates, des nitrates, du fer, de l'aluminium, du carbone, du phosphore, de l'ammonium ou encore du sodium.
Des micro-organismes transportés par les vents de sable
Au-delà de leur nature minérale, ces nuages de poussière transportent également une charge biologique invisible. Les vents de sable du désert sont capables d'introduire dans l'atmosphère des micro-organismes, du pollen, de la moisissure ou des champignons microscopiques. Le biologiste médical Claude-Alexandre Gustave alerte sur le fait que « les particules de sable inhalées peuvent servir de véhicules aux bactéries, virus pathogènes », facilitant grandement la transmission de divers agents pathogènes par voie respiratoire. De surcroît, le biologiste souligne qu'elles « favorisent aussi l'inflammation des voies respiratoires inférieures, ce qui peut compliquer des infections respiratoires ou pneumopathies chroniques ».
Quelles précautions adopter sur la Côte d'Azur ?
Pour faire face à cet épisode de pollution naturelle, il est conseillé de limiter au maximum les activités physiques et sportives intenses en extérieur, en privilégiant des activités physiques modérées. Cette recommandation s'adresse tout particulièrement aux populations dites vulnérables ou sensibles : femmes enceintes, nourrissons, personnes de plus de 65 ans, personnes asthmatiques ou souffrant de pathologies cardiaques et respiratoires.
Pour se prémunir efficacement contre l'inhalation de ces microparticules, le port d'un masque de protection respiratoire est une solution très utile et conseillée par les spécialistes de santé. Il convient toutefois de relativiser l'intensité de ces épisodes en Europe. Contrairement aux États d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient qui subissent régulièrement des tempêtes de sable d'une extrême violence, les concentrations de particules mesurées dans nos pays restent généralement modérées. Sur le littoral azuréen, l'arrivée d'une perturbation météorologique, accompagnée de pluies et d'un changement de direction du vent, devrait rapidement laver l'atmosphère et dissiper les poussières en suspension.



