Chez les rats-taupes nus (Heterocephalus glaber), la reine maintient son pouvoir grâce à des phéromones qui inhibent la reproduction des autres femelles de la colonie. C'est ce que révèle une étude publiée le 20 juillet 2025 dans la revue Science par une équipe de chercheurs de l'Université de Leipzig et de l'Institut Max Planck d'écologie chimique.
Un mécanisme chimique de domination
Les scientifiques ont découvert que l'urine de la reine contient des composés spécifiques, notamment des acides gras à chaîne courte, qui agissent comme des signaux chimiques. Ces phéromones sont perçues par les ouvrières via l'organe voméronasal, un organe sensoriel spécialisé dans la détection des phéromones. En laboratoire, l'exposition à l'urine royale a entraîné une diminution significative des hormones reproductives chez les femelles ouvrières, comme la progestérone et l'œstradiol.
« Nous avons observé que les femelles soumises à l'urine de la reine présentaient des taux d'hormones sexuelles réduits de 60 % en moyenne, ce qui explique leur stérilité fonctionnelle », explique le Dr. Sarah Müller, auteure principale de l'étude. Les rats-taupes nus sont l'un des rares mammifères eusociaux, vivant en colonies avec une seule femelle reproductrice, comme chez certains insectes.
Implications pour la biologie de l'évolution
Cette découverte éclaire les mécanismes de la hiérarchie sociale chez les mammifères. Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas uniquement le comportement agressif de la reine qui maintient l'ordre, mais un système chimique subtil. Les chercheurs ont également noté que les mâles reproducteurs ne sont pas affectés par ces phéromones, ce qui permet à la reine de contrôler sélectivement la reproduction des femelles.
« C'est un exemple fascinant de la façon dont l'évolution peut utiliser des signaux chimiques pour réguler les structures sociales complexes », commente le professeur Thomas Schmitt, co-auteur. La colonie peut compter jusqu'à 300 individus, mais seule la reine se reproduit, donnant naissance à des portées de 12 à 28 petits tous les 80 jours environ.
Des applications potentielles
Les chercheurs espèrent que ces travaux pourraient avoir des retombées dans la compréhension des troubles de la reproduction humaine, bien que les mécanismes soient différents. « Les phéromones jouent un rôle clé dans la communication animale, et leur étude pourrait ouvrir des pistes pour de nouveaux traitements hormonaux », ajoute le Dr. Müller. L'équipe prévoit maintenant d'identifier précisément les molécules actives et de tester leur effet sur d'autres espèces.



