Dans la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls, dans les Pyrénées-Orientales, les raies font l'objet d'une attention particulière. Depuis 2021, un programme de science participative, baptisé « Raies & Cie », permet de recenser ces poissons cartilagineux grâce aux observations des plongeurs amateurs et professionnels. L'objectif est de mieux comprendre leur répartition et leur abondance, alors que plusieurs espèces sont menacées par la surpêche et la dégradation de leur habitat.
Un déclin préoccupant des populations de raies
Les raies, comme les requins, sont des espèces vulnérables. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), près d'un tiers des espèces de raies et de requins sont menacées d'extinction. Dans la réserve de Cerbère-Banyuls, les scientifiques ont observé une diminution des populations de certaines espèces, comme la raie brunette (Raja undulata) ou la raie bouclée (Raja clavata). « Les raies sont particulièrement sensibles à la pression de pêche, car elles ont une croissance lente et une maturité sexuelle tardive », explique un chercheur du laboratoire Arago, qui gère la réserve.
Un programme de science participative pour impliquer les plongeurs
Le programme « Raies & Cie » repose sur les signalements des plongeurs. Chaque observation de raie est enregistrée via une fiche standardisée, indiquant l'espèce, la taille, le comportement et la localisation. Les données sont ensuite compilées et analysées par les scientifiques. En 2023, plus de 150 observations ont été collectées, permettant d'identifier 8 espèces différentes. « Les plongeurs sont nos yeux sous l'eau. Leur contribution est précieuse pour suivre l'évolution des populations », souligne un coordinateur du projet.
Des résultats encourageants mais une vigilance nécessaire
Les premières analyses montrent que certaines espèces, comme la raie manta (Mobula mobular), sont régulièrement observées dans la réserve, ce qui indique une relative bonne santé de l'écosystème. Cependant, d'autres espèces, comme la raie pastenague (Dasyatis pastinaca), semblent plus rares. « Nous devons rester vigilants. La pression anthropique reste forte, notamment avec le trafic maritime et la pêche illégale », précise le chercheur. La réserve, créée en 1974, est l'une des plus anciennes de France et s'étend sur 650 hectares. Elle abrite une biodiversité exceptionnelle, avec plus de 1 200 espèces marines recensées.
Un modèle pour d'autres réserves marines
Le succès du programme « Raies & Cie » inspire d'autres aires marines protégées en Méditerranée. « Nous partageons notre méthodologie avec des collègues espagnols et italiens », indique le coordinateur. L'objectif est de créer un réseau de surveillance des raies à l'échelle du bassin méditerranéen. « Les raies sont des espèces parapluies : les protéger, c'est protéger tout un écosystème », conclut-il.



