Le Festival de Locarno, qui se tient chaque année en août, a mis la forêt à l'honneur dans sa programmation 2026. Plusieurs films présentés en compétition et dans les sections parallèles explorent la forêt comme lieu de refuge, mais aussi comme symbole de la nature en danger. Cette thématique, récurrente dans le cinéma contemporain, trouve un écho particulier dans le contexte de crise climatique.
La forêt, un personnage à part entière
Dans le film d'ouverture, le réalisateur suisse Simon Jaquet propose une immersion sensorielle dans les bois du Jura. La caméra suit un garde forestier qui observe la disparition progressive des épicéas, victimes des scolytes. Le film, intitulé *L'Ombre des cimes*, mêle documentaire et fiction pour interroger notre rapport à ces espaces. Selon le réalisateur, « la forêt n'est pas un décor, c'est un personnage qui subit et résiste ».
Une autre œuvre, *Racines*, de la cinéaste italienne Elena Ferrante (homonyme de l'écrivaine), a été tournée en forêt de Bavière. Elle raconte l'histoire d'une communauté qui se réfugie dans les bois après un effondrement sociétal. Le film, présenté en compétition, a reçu un accueil mitigé de la critique, mais a suscité de nombreux débats sur la place de la nature dans nos sociétés.
Un symbole de la nature menacée
Au-delà de ces deux films, une rétrospective intitulée « Forêts » regroupe une dizaine de longs métrages, des classiques comme *L'Arbre aux sabots* d'Ermanno Olmi à des productions récentes. Le festival a également organisé une table ronde avec des écologistes et des cinéastes, animée par la journaliste suisse Aline Jaccottet. Lors de cette rencontre, le biologiste François Le Tacon a rappelé que « 80 % des forêts européennes sont fragilisées par la sécheresse et les parasites ».
Le public a pu voir également *La Forêt de mon père*, un documentaire sur la déforestation en Amazonie, coréalisé par un collectif brésilien. Ce film, projeté en séance spéciale, a été suivi d'un débat avec le public, qui a souligné l'urgence d'agir. Le festival a d'ailleurs annoncé qu'il réduirait son empreinte carbone de 30 % d'ici 2030, une mesure saluée par les associations environnementales.
Un écho à la crise climatique
Cette programmation s'inscrit dans une tendance plus large du cinéma à traiter des questions environnementales. Selon le directeur artistique du festival, Giona A. Nazzaro, « les cinéastes ne peuvent plus ignorer l'état du monde ». Il a ajouté que la forêt est un « miroir de nos angoisses et de nos espoirs ». Le festival a également lancé un prix spécial, le « Pardo per la Natura », récompensant un film engagé pour la protection de l'environnement.
Les retombées de cette thématique se font sentir au-delà des salles obscures. Plusieurs projections ont été suivies de discussions avec des scientifiques, et des ateliers pour les jeunes ont été organisés. Le festival espère ainsi sensibiliser un public plus large, alors que les incendies de forêt ont ravagé l'été dernier plusieurs régions méditerranéennes. En attendant, les cinéphiles repartent avec des images fortes, celles d'une nature à la fois majestueuse et vulnérable.
Le festival se poursuit jusqu'au 15 août, avec d'autres films sur le thème de la nature, notamment *La Forêt des ombres* de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase, attendu comme l'un des moments forts de la fin de la manifestation.



