L'historien Jean-Paul Chabrol a livré une prestation théâtralisée remarquable sur les mythes entourant les attaques de loups, organisée par l'association Loviv à Bonnevaux. Devant un public nombreux, il a présenté des données chiffrées inédites sur la Bête des Cévennes, une créature moins connue que son homologue du Gévaudan, mais dont les attaques ont marqué la région.
Des chiffres précis sur la Bête des Cévennes
La Bête des Cévennes a sévi dans le secteur de Concoules, en hautes Cévennes, de 1809 à 1817. Le 14 novembre 1809, un loup attaque Rose Reboul, 11 ans, et son frère Claude, 8 ans. L'historien a fourni les statistiques attribuées à cette « bête méconnue et sans mémoire » : en Lozère, trois attaques ; en Ardèche, treize ; et dans le Gard, vingt-neuf, touchant une longue liste de communes. Un point commun ressort : les victimes, décédées ou blessées, étaient toutes issues de milieux pauvres, de la paysannerie, et à 94 % âgées de 3 à 14 ans.
Comparaison avec la Bête du Gévaudan
Contrairement à la Bête du Gévaudan, qui a sévi en Haute-Loire et a bénéficié d'une couverture médiatique intense, les attaques de la Bête des Cévennes n'ont pas été médiatisées à l'époque. Jean-Paul Chabrol a établi un comparatif : « Pas d'histoires de Fous en Cévennes », mais un véritable délire en Gévaudan, où le roi Louis XV s'est saisi de l'affaire, créant un « théâtre des opérations » et un emballement médiatique hors norme.
L'invention d'un monstre et la critique de la crédulité
L'historien a évoqué le bon sens, le recul et la lucidité face aux énormités émises en hypothèse à cette fin de monarchie et ce début d'Empire. Le public a ri à la projection de la hyène, du loup de Tasmanie et du caniche sanguinaire, illustrant « l'invention d'un monstre ». Jean-Paul Chabrol a mimé le paroxysme de la bêtise, de l'incrédulité et de la manipulation, listant des dizaines d'hypothèses. Son final a mis le public face à son propre comportement de consommateurs « gogos du XXIe siècle » achetant sur place des caleçons et des chaussettes floqués Bête du Gévaudan.
Avec rigueur scientifique contre hystérie et fantasmagorie, Jean-Paul Chabrol a crié aux loups pour expliquer les mythes, concluant peut-être sa dernière prestation, ce qui expliquerait son dépassement dans son art d'historien chercheur, doublé d'une pédagogie théâtrale redoutable qui a enflammé la salle.



