Alors que l'Iran est plongé dans un conflit dévastateur, une autre tragédie se joue en silence : celle des guépards asiatiques, une espèce en danger critique d'extinction. Ces félins, autrefois répandus de l'Inde à la péninsule arabique, ne survivent plus que dans quelques poches isolées en Iran. La guerre aggrave leur situation déjà précaire.
Un habitat fragmenté par les combats
Les zones de conflit, notamment dans les provinces du Khorasan et du Sistan-et-Baloutchistan, coïncident avec les derniers refuges des guépards. Les bombardements, les mouvements de troupes et l'utilisation de véhicules blindés détruisent leur habitat et perturbent leurs déplacements. Les routes militaires fragmentent davantage un territoire déjà réduit, rendant les échanges génétiques entre les populations quasi impossibles.
Selon des experts de la Société pour la conservation des guépards asiatiques, le nombre d'individus serait inférieur à une douzaine, contre une cinquantaine avant le conflit. Les naissances en captivité, bien qu'encouragées, ne suffisent pas à compenser les pertes.
Le braconnage et la famine
La guerre a également accru le braconnage. Les gardes forestiers, souvent pris pour cible ou contraints de fuir, ne peuvent plus assurer la surveillance. Les guépards, affaiblis par la raréfaction de leurs proies (gazelles, lièvres), sont plus vulnérables. Par ailleurs, la population locale, poussée par la pauvreté, chasse illégalement ces animaux pour leur peau ou pour les vendre à des trafiquants.
Les organisations de protection animale, comme l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), tirent la sonnette d'alarme. Elles appellent à un cessez-le-feu humanitaire pour permettre des opérations de sauvetage d'urgence.
Des efforts de conservation entravés
Avant la guerre, l'Iran avait mis en place des programmes de reproduction en captivité et de réintroduction. Mais ces initiatives sont aujourd'hui paralysées. Les centres de conservation ont été endommagés ou réquisitionnés, et le personnel a été dispersé. Les financements étrangers, déjà limités en raison des sanctions, se sont taris.
Le guépard asiatique est pourtant un symbole national en Iran, où il est surnommé "yuz" ou "palang". Il figure sur les maillots de l'équipe nationale de football. Mais ce patrimoine naturel risque de disparaître à jamais si la guerre se poursuit.
Un avenir sombre
Les scientifiques estiment que sans intervention rapide, l'espèce pourrait s'éteindre d'ici deux à trois ans. La guerre aggrave les menaces existantes : perte d'habitat, consanguinité, maladies. Des solutions existent, comme la création de corridors écologiques sécurisés ou le renforcement de la protection armée des réserves, mais elles nécessitent une stabilité politique et des moyens financiers.
Alors que le monde a les yeux rivés sur les enjeux géopolitiques, la disparition silencieuse du guépard asiatique rappelle que la guerre n'épargne ni les hommes ni la nature. L'Iran, déjà meurtri, pourrait bientôt perdre un joyau de sa biodiversité.



