Le 5 août 2026, une équipe de paléontologues et d'étudiants a mené des fouilles sur le Causse Méjean, à Hures-la-Parade, en Lozère, pour exhumer des fossiles vieux de 145 millions d'années, témoignant d'un écosystème lagunaire tropical où vivaient des dinosaures. Cette opération, pilotée par l'association paléontologique des Hauts Plateaux du Languedoc, vise à reconstituer un monde disparu depuis le Jurassique.
Un site d'exception au cœur de la Lozère
Il y a environ 200 à 145 millions d'années, une grande partie de la Lozère actuelle était recouverte par une mer chaude et peu profonde, au climat tropical. Le Causse Méjean, aujourd'hui un vaste plateau calcaire, était alors une lagune peu profonde, propice à la conservation exceptionnelle des organismes. Vincent, géologue et membre du bureau de l'association, arpente le département depuis plus de vingt ans et affirme que « la Lozère détient un fort potentiel fossilifère ».
Une petite partie du département possède une formation géologique de calcaires lithographiques très fins, qui favorisent une conservation remarquable des spécimens. « Sur Hures-la-Parade, environ une plaque sur 50 contient un organisme ou des traces », détaille Jean-David Moreau, président de l'association, paléontologue et docteur à l'Université de Paris-Saclay.
Des recherches qui s'inscrivent dans la durée
Le site est fouillé depuis près de dix ans et a déjà fait l'objet d'une étude. Mais les paléontologues poursuivent leurs travaux pour découvrir de nouveaux spécimens et affiner la reconstitution de l'écosystème. « Les crevettes, poissons et algues que nous avons retrouvés sont des indicateurs d'environnement qui nous laissent penser qu'il y avait une lagune peu profonde ici, calme et ouverte de temps à autre sur la mer », explique Jean-David Moreau avant le début des fouilles.
Cette ancienne carrière est classée Lagerstätten, un lieu rare où les corps mous des fossiles peuvent être conservés. Les 14 personnes présentes sur le site, dont une moitié d'étudiants, se sont armées de marteaux et de gants pour attaquer la roche. Très vite, le bruit des coups résonne dans le paysage calcaire.
Des méthodes variées, une passion commune
S'il n'existe pas de technique particulière pour améliorer ses chances de trouver un fossile, chacun emploie la méthode qu'il juge la plus efficace. « Il y a ceux qui papillonnent et il y a ceux qui vont rester au même endroit comme Claude qui fait son trou et ne bouge pas de la matinée. En général ça paye plus, cela permet d'aller en profondeur, même si ça reste très aléatoire », souligne Jean-David Moreau.
Au fil des heures, des fossiles variés, terrestres et marins, surgissent des blocs de pierre : ammonites, poissons, crustacés, plantes... Pour Dominique, qui a étudié la géologie, la paléontologie est avant tout une affaire de découverte, un plaisir où la notion du temps finit par disparaître. « À chaque fois que tu tapes, tu espères trouver quelque chose, tu y crois, mais je pense que cette fois-ci, on ne trouvera pas d'Archaeopteryx », plaisante-t-il.
Ce dinosaure à plumes et à dents a été trouvé dans un site en Allemagne très similaire à celui du Causse Méjean. « On aime surtout ce que cela représente de remonter 200 millions d'années en arrière et comprendre ce qui s'y est passé. La géologie c'est comme ouvrir le livre du temps », sourit Dominique.



