En Albanie, un phénomène naturel inattendu redonne espoir à toute une génération. Depuis quelques années, des milliers de flamants roses ont élu domicile dans la lagune de Karavasta, au sud du pays. Ce spectacle, autrefois rarissime, est devenu un symbole de la renaissance écologique de la région et a déclenché un véritable mouvement citoyen parmi les jeunes Albanais.
Un retour spectaculaire
La lagune de Karavasta, plus grande zone humide d'Albanie, avait souffert de décennies de pollution et de drainage illégal. Mais grâce à des efforts de conservation, les flamants roses sont revenus en force. En 2025, on comptait plus de 10 000 couples nicheurs, contre seulement 200 en 2010, selon les données de l'ONG locale Protection and Preservation of Natural Environment in Albania (PPNEA).
Ce retour a été rendu possible par la restauration des habitats naturels et la lutte contre le braconnage. ‘Les flamants roses sont devenus un indicateur de la santé de notre écosystème’, explique Mirjam Basha, biologiste à l'Université de Tirana.
Une mobilisation de la jeunesse
L'arrivée des flamants roses a suscité un engouement inattendu parmi les jeunes Albanais. Des groupes de bénévoles, souvent âgés de 16 à 25 ans, se relaient pour surveiller les nids, nettoyer les plages et sensibiliser les visiteurs. ‘Nous avons créé un réseau de jeunes gardiens de la lagune’, raconte Ardit Lika, 22 ans, fondateur du mouvement ‘Flamants de Karavasta’. ‘Nous organisons des sorties scolaires, des ateliers et des campagnes sur les réseaux sociaux.’
Selon un sondage réalisé par l'Institut albanais de la jeunesse, 68 % des jeunes de moins de 30 ans considèrent désormais la protection de l'environnement comme une priorité nationale, contre 34 % en 2020.
Des retombées économiques et touristiques
Le phénomène a également un impact économique. Le tourisme dans la région de Karavasta a bondi de 40 % en deux ans, avec des visiteurs venus du monde entier pour observer les flamants roses. Des guides locaux, formés par des ONG, proposent des excursions respectueuses de l'environnement. ‘C'est une véritable révolution silencieuse’, commente Fatmir Topi, ancien président de l'Albanie et aujourd'hui militant écologiste. ‘Les flamants roses ont réussi là où les politiques ont échoué : ils ont réveillé la conscience écologique de notre jeunesse.’
Un modèle pour la région
L'expérience albanaise inspire désormais d'autres pays des Balkans. La Croatie et le Monténégro ont envoyé des délégations pour étudier le modèle de conservation. ‘Nous montrons que la protection de la nature peut être un moteur de développement’, conclut Mirjam Basha. ‘Les flamants roses ne sont que le début.’



