Des veilleurs numériques contre les incendies
Grand soleil, vent et sécheresse : la semaine a été placée sous le signe d'un risque très élevé de feux de forêt dans les Bouches-du-Rhône et dans le Var. Jeudi, les pompiers du département sont intervenus sur 23 départs d'incendies. Une période qui met la vingtaine de bénévoles de l'association Fire Chaser sur le qui-vive. Telles des vigies sur Internet, ces « chasseurs d'incendie » sont spécialisés dans les « médias sociaux en gestion d'urgence feux de forêt », ou MGSU.
Une initiative née après des saisons difficiles
« En 2016 et en 2017, nous avons connu deux saisons de feux de forêt très compliquées. À cette époque, sur les réseaux sociaux, beaucoup d'informations circulaient, rembobine Lucas Arnichand, 27 ans, cofondateur de l'association. Dans ce flot, il y avait des approximations, non pas par volonté de véhiculer des fake news, mais par manque de connaissance. » À trois, ils décident de se lancer sur ce créneau et créent une page Facebook, « Fire Chaser 13 », qui compte près de 70 000 abonnés. Leur propre application est lancée fin août 2023. Depuis, elle a été téléchargée près de 50 000 fois.
Réseaux sociaux et signalements
La mission de ces bénévoles est de scruter les réseaux sociaux à la recherche de mentions liées aux incendies. Ils peuvent aussi compter sur les signalements de la communauté, possibles directement via l'appli en cliquant sur une petite flamme. « L'objectif, c'est d'informer avec des éléments, des photos, des vidéos les plus fiables possibles, poursuit Lucas Arnichand. Une fois que l'on a appliqué les filtres de vérification et de sécurité nécessaire, on communique. »
L'application propose de suivre l'évolution des incendies dans les Bouches-du-Rhône. Le feu s'affiche alors sur l'application dans un fil dédié, où les utilisateurs peuvent suivre son évolution en temps réel. Les bénévoles, âgés de 20 à 70 ans, sont aussi amenés à produire leurs propres infos, directement depuis le terrain. « Lors de l'incendie du 8 juillet (2025) à Marseille, des bénévoles ont vu une saute de feu qui n'avait pas été captée par les secours en raison du panache de fumée. On a pu transmettre l'information en direct aux pompiers », se souvient le cofondateur, qui rappelle d'appeler le 18 ou le 112 avant tout signalement.
« Canaliser » l'information
L'association a justement signé une convention avec les sapeurs-pompiers du département, permettant un contact direct entre les bénévoles et le Centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (CODIS). « On avait identifié cette page permettant de nous apporter des informations complémentaires sur les départs de feu », retrace le commandant Stéphane Guyot, du Sdis 13.
Pour les soldats du feu, l'intérêt est d'obtenir des images en amont s'ils ne sont pas encore sur les lieux, qui vont leur permettre de dimensionner le dispositif de lutte contre l'incendie ou de préciser une zone. Des clichés qui pourront aussi les aider lors des investigations visant à déterminer l'origine du feu.
Mais il s'agit aussi de « canaliser » les informations partagées par les « chasseurs d'incendie » pour éviter les erreurs. « Ils ont toute leur place dans le signalement de départ de feu. En revanche, sur l'endroit où les flammes se dirigent ou les consignes à donner, ce n'est pas leur prérogative », rappelle-t-il, saluant néanmoins des « jeunes formidables » avec une « véritable culture citoyenne ».
Culture du risque
L'amour de la nature, c'est ce qui lie la vingtaine de bénévoles actifs de l'association. « On a pas mal de randonneurs, de cyclistes, de gens qui font du trail, de la chasse… Et beaucoup de futurs ou d'anciens pompiers », résume Lucas Arnichand. Lui-même vient de réussir son concours d'officier et attend une affectation. Mais pas dans les Bouches-du-Rhône, conformément à la convention signée avec les pompiers pour éviter tout conflit d'usage.
Tous se relaient pour être le plus disponible possible, particulièrement l'été lorsque la saison des feux bat son plein. Mais le cœur de leur activité reste la prévention et la sensibilisation. « C'est 70 % de ce qu'on fait, souligne le bénévole. Chaque année, dès les mois de janvier et février, on recommence à monter en puissance sur le sujet. » Obligation légale de débroussaillage, conseils pour protéger sa maison… Des vidéos et des graphiques, réalisés par les équipes, sont régulièrement publiés sur leur page Facebook et sur le site de l'association, qui intervient aussi dans les centres de loisirs ou sur des forums. « Ce sont les fondations de ce que devrait être la résilience des populations », appuie-t-il.
Vers une extension du modèle
Présente dans le Vaucluse, l'association voudrait dupliquer son modèle dans le Gard et le Var, mais également signer une convention de partenariat avec Marseille et ses marins-pompiers. Et pourquoi pas étendre ce modèle ? « On travaille sur une plateforme de gestion de crise qu'on voudrait développer avec les pompiers, les acteurs de la Sécurité civile et qui pourrait servir à tous, notamment aux élus locaux », projette Lucas Arnichand. Sans toutefois s'enflammer. « On ne veut pas se précipiter. »



