Cerfs-volants pour protéger les oiseaux marins des palangriers
Pour limiter l'impact sur les populations de fous de Bassan et de mouettes tridactyles, quatre palangriers ont testé cet hiver l'usage d'un cerf-volant pour les effaroucher. Imitant la silhouette d'un rapace, ces cerfs-volants pourraient bientôt coloniser le ciel marin au large des côtes françaises.
Depuis décembre 2025, quatre palangriers pêchant dans le périmètre du Parc naturel marin de l'estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis testent un dispositif visant à contrer les captures accidentelles d'oiseaux marins. C'est le cas du « Out-Rage 3 », basé à La Cotinière sur l'île d'Oléron. Ce mardi 12 mai, il est de sortie pour pêcher le congre à l'entrée du pertuis d'Antioche, au large de La Rochelle.
À l'arrière du bateau, une simple canne à pêche traîne le cerf-volant d'un peu plus d'un mètre d'envergure pendant que le capitaine Sébastien Gas jette une ligne constellée d'hameçons à l'eau. L'objectif est d'effaroucher deux espèces en particulier, le fou de Bassan et la mouette tridactyle, et de les empêcher de se blesser ou pire en se régalant des appâts pendant les quelques secondes où ils n'ont pas encore coulé.
Un programme pour réduire la mortalité des espèces marines
« L'idée est de trouver des dispositifs ou des bonnes pratiques, les plus simples et les moins coûteuses, qui réduisent les captures accidentelles sans impacter la pêche », pose Yohan Weiller, chargé de mission pêche au sein du parc marin. Ces tests font partie d'un vaste programme piloté par l'Office français de la biodiversité, nommé Life espèces marines mobiles, visant à réduire la mortalité de 23 espèces protégées dans tout le périmètre maritime français. Doté de plus de 20 millions d'euros, avec deux tiers de fonds européen, il comporte aussi un volet sur les captures de dauphins, pour lequel des tests démarrent progressivement.
Analyse des données
La sortie du 12 mai était la dernière d'une série de 300 sur les quatre bateaux depuis décembre. L'heure est désormais à l'analyse des données relevées par les pêcheurs et les observateurs mobilisés sur certaines des sorties. En décortiquant les différents paramètres, comme les conditions météo, les équipes du parc marin pourront évaluer la pertinence du dispositif et son intérêt pour les professionnels. On sait déjà, par exemple, que l'opération de mise à l'eau des lignes – le filage – n'entraîne pas de captures accidentelles si elle est effectuée de nuit.
Mais en journée, le cerf-volant, ça marche ? Il faudra attendre l'épluchage des données, mais Sébastien Gas a déjà un retour d'expérience. « Suivant les appâts et les conditions météo, c'est plus ou moins efficace. » En période de beau temps, l'effet est plutôt positif « parce que les oiseaux se sont nourris sans souci ». À l'inverse, ils tentent plus leur chance quand les conditions sont plus difficiles. « Ils sont un peu plus agressifs. Mais on sent bien que le cerf-volant les tient un petit peu plus, ils ne s'approchent pas si près que ça du bateau. »
Précisons-le, les populations des deux espèces ne sont pas menacées par le travail des pêcheurs. Avant les tests, un travail préparatoire avait noté une petite dizaine de captures en 60 sorties pour les fous de Bassan. Mais ils ont été fortement touchés ces dernières années par la grippe aviaire dans le secteur et il est important « d'éliminer toute pression supplémentaire sur l'espèce », insiste Yohan Weiller.
Bandelettes d'effarouchement
L'hiver prochain – la période à risque pour les deux espèces s'étend de décembre à avril –, un autre dispositif sera expérimenté dans le parc marin, les bandelettes d'effarouchement. « C'est une sorte de guirlande avec des morceaux plastifiés, placée au-dessus de la ligne au moment où les appâts sont en surface », explique Émilie Roche, chargée de mission au Comité des pêches de Charente-Maritime. Une deuxième phase est d'ores et déjà prévue dans le projet avec du budget pour le déploiement des dispositifs. « Si on peut éviter de perdre des appâts mais aussi de tuer des oiseaux, c'est quand même pas plus mal », livre Sébastien Gas.
Et les dauphins ?
Trois dispositifs seront également testés sur des fileyeurs pour contrer les captures accidentelles de mammifères comme les marsouins et les dauphins. Avec évidemment pour objectif de trouver des méthodes pour éviter la fermeture de la pêche en hiver dans le golfe de Gascogne. Le premier, un cordage réfléchissant les sons des mammifères, a déjà été testé sur un fileyeur du parc marin cet hiver. Une balise acoustique, en cours de développement, devrait être expérimentée l'an prochain. Un troisième dispositif, avec des filets plus visibles, sera aussi essayé d'ici 2028. Rappelons qu'en parallèle, dans le cadre d'un plan national d'actions, deux autres dispositifs acoustiques sont évalués depuis 2024 pour réduire les captures accidentelles de petits cétacés par les fileyeurs.



