Le castor, ingénieur hydrologue, inspire la régénération des cours d'eau
Castor, modèle pour régénérer les cours d'eau

Le castor, architecte de l'eau, au service de la régénération hydrologique

Le rongeur semi-aquatique, chassé notamment pour sa fourrure, façonnait le paysage en répartissant l'eau sur les territoires. Aujourd'hui, son œuvre inspire les hommes confrontés aux crues dévastatrices, pénuries estivales, pollutions et conflits d'usage. Céline Hough, chargée de l'action agroécologique paysagère à la Maison forte de Monbalen, milite au sein de l'association pour une hydrologie régénérative (Puhr). Elle s'inspire du castor, un rongeur qui avait quasiment disparu et que l'on commence à revoir.

« Dès qu'il entend de l'eau qui coule trop vite, il s'active », explique Céline. Ce bruit devrait aussi nous alerter, car « plus l'eau est ralentie, plus elle donne la vie. Plus elle va vite, plus elle détruit. » L'animal étant passé près de l'extinction en France, son travail fait défaut. Céline multiplie les expérimentations d'« ouvrages castor » – pas barrages – en reproduisant les techniques de ce bâtisseur hors pair.

Un atelier pour apprendre le mimétisme

Accompagnée de Gaëtan, écologue et membre de l'association Théra Terre, elle a animé mercredi 13 mai un atelier de régénération de cours d'eau par mimétisme du castor. Des employés de syndicats de rivière, des comédiens et militants associatifs y ont participé. Avant de passer à la pratique, les apprentis castors ont été sensibilisés à l'importance de l'« eau verte », celle de l'évapotranspiration des végétaux. « Ce n'est pas parce qu'il a plu qu'il y a des arbres. C'est l'inverse », illustre Céline. « Le drainage systématique des terres a cassé le cycle de l'eau. »

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Ralentir l'eau pour recharger les nappes

La pluie file toujours plus vite vers l'océan. Essayer d'y remédier servirait à la fois à la biodiversité et aux agriculteurs. Céline milite pour répartir les eaux sur les territoires, afin de recharger les nappes phréatiques et éviter les assecs en été. « Mieux vaut une succession de petites bassines tout le temps remplies et connectées entre elles quand il pleut, que des autoroutes de galets vides l'été », résume-t-elle. Les cours d'eau ont besoin d'espace : « Regardez la Séoune cet hiver. Le ruisseau d'un mètre de large a repris son lit majeur, qui fait près de 800 mètres. »

Pratique : construire un ouvrage castor

Les stagiaires ont appris que « l'eau douce se cultive » avant de passer à la pratique, à la confluence de deux ruisseaux. Le chantier vise à ralentir la vitesse d'écoulement en créant une mare. Les participants dissèquent des branches de saules et de peupliers, imitant les castors qui « bâtissent avec du vert, avec du fin d'abord, et avec les feuilles face à l'eau qui arrive ». La technique consiste à créer une pente en forme de croissant, en alternant couches de matériaux verts et de terre, « comme des lasagnes », explique Gaëtan.

Un projet validé et prometteur

La Direction départementale des territoires (DDT) a validé le projet, qui ambitionne de faire école. La Maison forte s'intéresse aussi à la qualité des eaux. L'une des trois sources de la Masse d'Agen jaillit du domaine. Après Monbalen, la rivière traverse plusieurs communes avant de se jeter dans la Garonne, à Agen. Là, en novembre 2024, un castor a été filmé, première observation depuis le début du XXe siècle. L'animal, proche de l'extinction, fait un timide retour, pour le plus grand plaisir de ceux qui lui rendent hommage.

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