L'ourse Cannelle, dernière femelle des Pyrénées, tuée par un chasseur en 2004 : retour sur un drame écologique et judiciaire
Cannelle, dernière ourse des Pyrénées : un drame écologique et judiciaire

Le drame de l'ourse Cannelle : une tragédie écologique dans les Pyrénées

Le 1ᵉʳ novembre 2004 marque un jour sombre pour la biodiversité française. Lors d'une battue au sanglier à Urdos, dans la vallée d'Aspe, le chasseur René Marquèze tue par balle l'ourse Cannelle, identifiée comme la dernière femelle de souche pyrénéenne. Cet événement survient dans un contexte où les naturalistes du Fonds d'intervention écopastoral (FIEP) avaient récemment confirmé la présence de Cannelle et de son ourson de 10 mois dans la zone, alertant les autorités locales pour préserver leur quiétude.

Les circonstances controversées de la mort

Selon les déclarations des six chasseurs présents, l'ourse, décrite comme très agressive, aurait attaqué et mordu un chien de chasse. Se sentant menacé, René Marquèze aurait alors fait feu. La gendarmerie a confirmé ces premiers éléments, notant que l'incident s'est produit dans une zone forestière accidentée, près d'une falaise. Cependant, cette version est contestée par les défenseurs de l'environnement, qui soulignent que la société de chasse d'Urdos avait été informée de la présence de l'ourse et de son ourson avant la battue.

La mort de Cannelle est immédiatement qualifiée de catastrophe écologique. Elle intervient alors que les acteurs locaux évaluaient la population d'ours pour envisager des réintroductions. Serge Lepeltier, alors ministre de l'Écologie, ordonne une enquête approfondie. L'ourson, désormais orphelin, voit ses chances de survie considérablement réduites, réduisant la population d'ours des Pyrénées à seulement cinq individus.

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Un long parcours judiciaire aux rebondissements multiples

Le 13 janvier 2005, face à l'émotion suscitée, Serge Lepeltier annonce un plan de réintroduction d'ours. Sur le plan légal, l'affaire connaît de nombreuses péripéties. Le 19 janvier 2007, un non-lieu est prononcé pour René Marquèze, mais la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Pau le renvoie devant le tribunal correctionnel. Du 12 au 14 mars 2008, le procès se déroule à Pau, impliquant 16 témoins et 19 parties civiles.

Le 21 avril 2008, le tribunal correctionnel de Pau relaxe René Marquèze, poursuivi pour destruction d'espèce protégée. La juge Frédérique Loubet estime que l'infraction est constituée mais écarte l'aspect intentionnel, retenant la légitime défense. Le jugement, détaillé sur 15 pages, s'appuie sur l'expertise de Jean-Jacques Camarra, responsable du réseau ours brun, qui souligne l'imprévisibilité des réactions de l'animal.

Les condamnations civiles et leurs conséquences

Le 10 septembre 2009, la Cour d'appel de Pau déclare René Marquèze « entièrement responsable de la mort de l'ourse Cannelle » et le condamne à verser 11 000 euros de dommages et intérêts à sept associations, plus 3 500 euros pour frais de justice. La cour motive sa décision en rappelant que les chasseurs savaient risquer de rencontrer l'ourse mais ont maintenu la battue.

Le 2 juin 2010, la Cour de cassation confirme partiellement ce jugement, réduisant les indemnités à 10 000 euros. Elle blanchit définitivement René Marquèze sur le plan pénal, mais maintient sa responsabilité civile. Cette décision, définitive, clôt le volet pénal de l'affaire, laissant un goût amer aux parties civiles.

La responsabilité de la société de chasse et l'après-Cannelle

Le 15 mai 2013, le WWF obtient la condamnation de la société de chasse d'Urdos (ACCA) à verser 50 000 euros de dommages et intérêts, plus 3 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure pénale. L'avocat du WWF, Me Lionel Brard, avait mené une procédure parallèle depuis 2005, arguant que la mauvaise organisation de la battue était en cause.

Quant à Cannelle, après huit ans de conservation à l'école vétérinaire de Toulouse, elle est naturalisée par le Muséum pour une exposition en 2013, rappelant symboliquement sa place dans l'écosystème pyrénéen. Cette affaire, mêlant écologie, droit et passions locales, reste un cas d'école sur les tensions entre activités humaines et protection de la faune sauvage.

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