Les automobilistes français comptent les insectes sur leurs plaques pour étudier leur déclin
Automobilistes comptent insectes sur plaques pour étudier déclin

Les automobilistes français mobilisés pour compter les insectes écrasés sur leurs plaques

« Et un, deux, trois… ». En relevant simplement la quantité de moucherons, guêpes ou papillons de nuit sur sa plaque d’immatriculation, chaque automobiliste français peut désormais contribuer activement à une vaste étude scientifique lancée ce lundi. Cette initiative originale vise à mieux comprendre le déclin inquiétant de ces petits animaux essentiels à nos écosystèmes.

« C’est une poignée de secondes au départ d’un trajet, une poignée de secondes à l’arrivée du trajet », promet Grégoire Loïs, directeur adjoint du programme de sciences participatives Vigie-Nature au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). La simplicité de la démarche est volontaire pour encourager une participation massive.

Une application et l'intelligence artificielle au service de la science

Les automobilistes participants doivent télécharger l’application dédiée, nettoyer leur plaque d’immatriculation avant le trajet, puis la photographier minutieusement à leur arrivée. Grâce à l’intelligence artificielle intégrée, l’application analyse automatiquement les images et compte avec précision le nombre d’impacts d’insectes volants sur la surface de la plaque.

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« On a l’opportunité de faire un échantillonnage absolument massif. L’idée, c’est d’avoir des milliers et des milliers de participants qui font des millions de kilomètres », explique avec enthousiasme le scientifique. Cette méthodologie permet de collecter des données à une échelle inédite sur tout le territoire national.

Le choix stratégique de la plaque d’immatriculation

Cette étude participative, initialement importée de Grande-Bretagne, est coorganisée en France par le MNHN, l’Office français de la biodiversité (OFB) et les associations Office pour les insectes et leur environnement (Opie) et Noé. Les chercheurs ont spécifiquement choisi la plaque d’immatriculation plutôt que le pare-brise pour une raison scientifique fondamentale.

La plaque présente l’avantage crucial d’avoir une taille identique sur chaque véhicule, ce qui permet d’obtenir des données parfaitement comparables et standardisées. Cette uniformité est essentielle pour assurer la rigueur scientifique des analyses et des conclusions qui en découleront.

Documenter un déclin alarmant aux multiples causes

Les données collectées alimenteront directement des articles scientifiques de référence, permettant aux chercheurs de documenter et de mieux comprendre le déclin dramatique des populations d’insectes. Ce phénomène préoccupant est principalement attribué à l’agriculture intensive, notamment à l’utilisation massive des pesticides, mais aussi aux diverses pollutions environnementales et aux effets du changement climatique.

Une étude majeure publiée en 2017 dans la prestigieuse revue PLOS One, portant sur des zones naturelles protégées en Allemagne, avait déjà conclu à un effondrement de plus de 75 % de la biomasse des insectes en seulement vingt-sept ans. Ces chiffres illustrent l’urgence de la situation.

Les rôles essentiels des insectes dans nos écosystèmes

« On a des données qui nous disent que les populations d’insectes déclinent », souligne avec gravité Colin Fontaine, chercheur en écologie au MNHN et au CNRS. Or, les insectes « ont des rôles extrêmement importants dans le fonctionnement des écosystèmes », rappelle-t-il.

Leurs fonctions écologiques sont multiples et vitales :

  • Ils pollinisent une partie significative des cultures destinées à notre alimentation et permettent la reproduction des plantes à fleurs.
  • Ils constituent la nourriture de base de nombreux autres animaux, notamment les oiseaux dont les populations déclinent également.
  • Ils contribuent activement à recycler les matières organiques dans les sols.
  • Ils aident à limiter naturellement la prolifération des ravageurs des cultures dont ils se nourrissent.

Vigie-Nature : un réseau de sciences participatives bien établi

Vigie-Nature, qui revendique déjà 120 000 participants réguliers, a lancé plusieurs observatoires participatifs spécialisés. Ces programmes s’adressent à différents publics :

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  • Les naturalistes confirmés avec le suivi des oiseaux communs.
  • Le grand public avec l’observatoire des bourdons, l’opération papillons ou le comptage des oiseaux des jardins.
  • Les professionnels comme les agriculteurs ou les gestionnaires d’espaces verts.

Cette nouvelle initiative concernant les insectes écrasés sur les plaques d’immatriculation s’inscrit donc dans une tradition établie de sciences participatives, où chaque citoyen peut devenir acteur de la recherche scientifique sur la biodiversité française.