Billet • L’œil d’EcoloObs
« C’est injuste : pourquoi le train est touché par la canicule… plus que l’avion »
Par Émilie Brouze | Publié le 28 mai 2026 à 15h00 | Lecture : 1 min.
Des trains restent désormais immobilisés en gare à cause de la « dilatation des rails ». Le transport aérien, hyper émetteur de CO₂, s’en sort mieux.
Le tableau d’affichage annonce la douloureuse : le train pour Paris partira avec deux heures quarante-cinq de retard. Lundi en fin de journée, je me suis donc retrouvée coincée en gare, sur un parvis surchauffé, avec un bébé à occuper. Cueillie par les effets d’un « événement de type cygne noir », pour reprendre la formule du climatologue Christophe Cassou dans « le Monde », soit un épisode de forte chaleur qui dépasse les statistiques classiques et nous surprend « dans notre chair, dans notre perception ». En effet, de mémoire humaine, et selon les données historiques en notre possession, il n’a jamais fait aussi chaud un 25 mai en France.
Devant les quais, ce lundi, un agent SNCF censé avoir terminé sa journée tente d’aiguiller les voyageurs pris dans de multiples retards simultanés. Ce n’est pas une vache, passée de vie à trépas sur les rails, qui bloque la circulation (comme croit le savoir ma voisine), mais une suspicion de déformation des rails due à la chaleur. La canicule frappe durement le réseau ferroviaire, alors que l’aviation, pourtant bien plus polluante, continue d’opérer sans encombre. Une injustice climatique qui interroge : pourquoi le train, moyen de transport vertueux, est-il pénalisé par les conditions météorologiques extrêmes, tandis que l’avion, grand émetteur de CO₂, échappe à ces désagréments ?
Un phénomène amplifié par le changement climatique
Les épisodes de chaleur intense, comme celui du 25 mai, deviennent plus fréquents et plus intenses avec le réchauffement climatique. Les rails en acier se dilatent sous l’effet de la chaleur, provoquant des déformations qui obligent à réduire la vitesse ou à immobiliser les trains. En revanche, les avions décollent et atterrissent sans problème, même par fortes températures, car les pistes en béton ou en asphalte résistent mieux à la chaleur. Cette différence de vulnérabilité souligne un paradoxe : le mode de transport le plus respectueux du climat est aussi le plus exposé aux conséquences du dérèglement climatique.
Des solutions à envisager
Pour éviter ces désagréments, la SNCF investit dans des technologies de refroidissement des rails et dans des matériaux plus résistants. Mais ces adaptations ont un coût et prennent du temps. En attendant, les voyageurs subissent des retards et des annulations, tandis que l’aviation continue de bénéficier d’une relative immunité face à la canicule. Une situation qui alimente le sentiment d’injustice chez les usagers du train, pourtant conscients de faire un geste pour la planète.
Alors que la France s’apprête à connaître des étés de plus en plus chauds, il devient urgent de repenser la résilience de nos infrastructures de transport. Le train, fer de lance de la mobilité durable, ne peut plus être la variable d’ajustement des épisodes caniculaires. Il est temps d’agir pour que les transports vertueux ne soient pas les victimes du réchauffement qu’ils contribuent à combattre.



