La stratégie nationale alimentaire enfin publiée après 956 jours de retard
Stratégie alimentaire nationale publiée après 956 jours

Une publication tant attendue après trois ans de délais

Le gouvernement a finalement publié ce mercredi 11 février la stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), un document attendu depuis exactement 956 jours. Initialement prévue pour le 1er juillet 2023 selon la loi Climat et résilience adoptée en juillet 2021, cette publication a connu de multiples reports, dont un épisode particulièrement notable en novembre dernier lorsqu'une version avait été envoyée à la presse avant d'être retirée par le gouvernement Lecornu.

Quatre axes pour coordonner les politiques alimentaires

L'objectif officiel de cette stratégie est de permettre à tous les Français d'accéder à une alimentation plus saine, plus durable et plus locale, tout en renforçant la souveraineté agricole et alimentaire du pays. Le document se décline en quatre axes principaux visant à coordonner les politiques publiques concernant l'alimentation, qu'il s'agisse des questions de santé, de l'accès à une alimentation durable ou encore de la recherche.

Les points controversés de la stratégie

L'absence de limitation des produits ultra-transformés

Première source de controverse, la SNANC ne demande pas la limitation des produits ultra-transformés, alors que ce sujet avait été au cœur des discordes dans la version de novembre. Selon des révélations de la cellule d'investigation de Radio France, cette mention avait été retirée à la demande du ministère de l'Agriculture, contre l'avis de ceux de la Santé et de la Transition écologique.

Cette décision intervient alors qu'un article du Lancet publié mi-novembre pointait précisément l'impact de ces aliments sur la santé. Dans la version finale, les aliments ultra-transformés ne sont mentionnés qu'une seule fois parmi les objectifs à l'horizon 2030, avec pour seule ambition de poursuivre l'expertise sur le sujet.

Je regrette en revanche un refus d'obstacle sur la question de l'alimentation ultra-transformée, a commenté Agnès Pannier-Runacher, députée Renaissance et ancienne ministre de la Transition écologique. C'est un enjeu de santé publique majeur, en particulier pour nos enfants.

La consommation de viande : limitation sans objectif chiffré

Le deuxième point de tension concerne la consommation de viande. Alors que l'élevage représente 12% des émissions de gaz à effet de serre causées par l'homme dans le monde selon un rapport de l'ONU publié en décembre 2023, la SNANC appelle à une limitation de la consommation de viande et de charcuterie, en particulier importées.

Cependant, le document utilise le terme limitation plutôt que réduction, ce qui ne permet pas de fixer des objectifs chiffrés. De plus, les volailles sont exclues de ces recommandations, alors qu'il s'agit de la viande la plus consommée en France selon les statistiques du ministère de l'Agriculture.

C'est super de voir le constat posé dans un document du gouvernement, réagit Brigitte Gothière, cofondatrice de L214. Mais les conséquences ne sont pas tirées du constat qui est fait. Elle regrette notamment l'absence d'objectif chiffré et aurait souhaité une réduction de 50% du nombre d'animaux consommés en France d'ici 2030.

Les mesures concrètes proposées

Transparence et communication

Le document se penche également sur la communication et l'encadrement du marketing alimentaire. Parmi les actions phares figurent :

  • La sensibilisation à une alimentation saine et durable
  • La transparence des pourcentages d'achats de produits durables et de qualité dans la grande distribution et la restauration commerciale
  • L'étiquetage des produits et l'extension de l'usage volontaire du Nutri-score
  • L'apparition de l'affichage environnemental, un nouvel étiquetage

Lutte contre l'obésité et promotion du bio

Afin de réduire le taux d'obésité chez les enfants et les adolescents, la stratégie prévoit de réduire efficacement l'exposition des jeunes aux publicités pour des produits trop gras, sucrés ou salés. Cependant, aucune mesure contraignante n'est annoncée, seulement des mesures incitatives comme la promotion de produits durables et de qualité.

Parmi les 85 mesures du document, la SNANC vise également :

  1. La réduction du gaspillage alimentaire de 50% d'ici 2030
  2. La formation des professeurs et professionnels de santé à l'alimentation durable
  3. Des bilans de prévention pour organiser un suivi diététique et nutritionnel
  4. Un objectif de 12% de consommation de produits bio, voire 20% dans la restauration collective

Malgré ces avancées, la stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat reste critiquée pour son manque d'ambition sur des sujets clés comme les produits ultra-transformés et la consommation de viande, préférant les mesures incitatives aux obligations contraignantes.