Découverte du plus ancien vomi fossile de vertébré terrestre en Allemagne
Le plus ancien vomi fossile découvert en Allemagne

Une découverte exceptionnelle en paléontologie

L'analyse minutieuse d'un amas d'os partiellement digérés, mis au jour sur le célèbre site de Bromacker en Allemagne, a conduit des paléontologues à une identification remarquable : il s'agit d'une régurgitation fossilisée, ou régurgitalithe, provenant d'un synapside carnivore. Cette découverte, publiée dans Scientific Reports, représente le plus ancien vomi fossile de vertébré terrestre jamais documenté.

Distinguer le vomi fossile des excréments

Alors que les coprolithes (excréments fossilisés) sont relativement bien connus, les régurgitalithes demeurent extrêmement rares dans les archives fossiles. Arnaud Rebillard, doctorant en paléontologie au Museum für Naturkunde de Berlin, explique comment son équipe a pu établir cette distinction cruciale. Le spécimen se présente comme un amas osseux compact sans structure régulière, ce qui écartait d'emblée l'hypothèse d'un dépôt sédimentaire classique.

L'absence d'une matrice riche en phosphore, caractéristique des coprolithes où la digestion bactérienne des os concentre cet élément, a été confirmée par une analyse micro-XRF. Cette quasi-absence de phosphore est une signature typique des régurgitations, où le temps de digestion est beaucoup plus court. « Un tel regroupement d'os n'avait jamais été découvert à Bromacker », souligne le chercheur.

Le contenu révélateur du régurgitalithe

Grâce à un scan 3D non destructeur, chaque os a été virtuellement reconstitué et identifié avec précision. Le régurgitalithe contient les restes de trois animaux distincts :

  • Un maxillaire de Thuringothyris, un petit reptile quadrupède.
  • Un humérus appartenant à Eudibamus, un reptile bipède.
  • Un métapode (os du pied ou de la main) d'un diadectide, un herbivore de taille nettement plus grande.

Cette diversité de proies, ingérées puis partiellement régurgitées par un même prédateur, offre un instantané unique de l'écosystème.

Une fenêtre sur le Permien inférieur

Les roches du site de Bromacker, datées d'environ 290 millions d'années (Permien inférieur), sont réputées pour leur conservation exceptionnelle de plantes, d'amphibiens et de reptiles. Cette découverte ouvre une fenêtre inédite sur le comportement alimentaire des prédateurs de cette époque. Deux carnivores suffisamment grands sont connus sur ce site : le célèbre Dimetrodon, reconnaissable à sa crête dorsale, et Tambacarnifex, un autre synapside carnivore de taille comparable.

La présence de restes d'animaux de tailles et de types variés suggère un comportement de prédation opportuniste. « Ce régurgitalithe agit comme une véritable capsule temporelle », précise Arnaud Rebillard. Il permet de vérifier la coexistence réelle de ces trois espèces, peut-être même au jour près, et de reconstituer les interactions au sein de l'écosystème.

Implications et perspectives de recherche

Cette étude invite à reconsidérer l'interprétation de certaines accumulations d'ossements fossiles, parfois classées à tort comme des coprolithes ou de simples dépôts sédimentaires. Elle indique que les régurgitalithes pourraient être plus fréquents qu'on ne le pensait, mais restent largement sous-identifiés.

À l'avenir, la combinaison de techniques avancées – scans 3D, analyses chimiques et comparaisons anatomiques détaillées – pourrait permettre d'identifier d'autres spécimens similaires. Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives passionnantes pour reconstruire les réseaux trophiques anciens et mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes terrestres il y a près de 300 millions d'années.