Retraitée varoise transforme sa maison en sanctuaire pour tortues
Retraitée varoise transforme sa maison en sanctuaire pour tortues

Depuis qu'elle est à la retraite, Chantal C. prend soin d'une centaine de carapaces de toutes tailles et de tous âges dans sa villa à Régusse, dans le Var. Pas à pas, l'éleveuse a fini par faire commerce de sa passion.

Un sanctuaire pour tortues

Chez Chantal C., rien ne sert de courir, il suffit de partir à point. Cette éleveuse de tortues vit au rythme de ses petites et grandes carapaces. Elles sont partout : en miniature, soigneusement alignées devant la télévision ; dans le jardin, cachées sous terre ou derrière un buisson ; même dans une chambre spécialement aménagée pour elles. Vivantes ou en statuettes, la chéloniophile en possède une centaine. « C'est très reposant de les voir. Je suis en admiration. Ça invite au calme », confie-t-elle.

Elle peut passer des heures à suivre le quotidien lent de Yoda, M&M's, Ayden, First ou Avenger, son seul mâle reproducteur. Mais sa vedette reste Angoune, une sulcata de 8 ans devenue sa tortue de compagnie. « Je l'ai achetée en région parisienne. Elle ne pesait que 40 grammes. » Aujourd'hui, la mascotte pèse 25 kg, et peut atteindre 60 kg, soit le poids d'une machine à laver.

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Des tortues au caractère bien trempé

Chantal C. assure que chacune de ses seize tortues adultes a son propre caractère, particulièrement têtu. « Angoune s'exprime. Comme un chien ou un chat, elle aime rentrer à la maison le soir, reconnaît son enclos. Elle vient jusque devant la clôture et attend qu'on la porte pour la mettre dedans. Elle peut souffler, faire la tête, crier. » On imagine l'ambiance dans la voiture lors du déménagement de Seine-et-Marne jusqu'à Régusse en 2017 : « Mon mari, Patrice, avait les bonsaï et les deux chiens dans son véhicule. Moi, les tortues et les oiseaux. »

L'élevage, elle l'a commencé ici dès la retraite, mais sa passion est née des années plus tôt en région parisienne. Petite, sa grand-mère avait une tortue malnutrie qui mangeait les croquettes du chat. « Avec ma maman, on partait en acheter chez le poissonnier. On leur donnait de la salade : tout ce qu'il ne fallait pas faire ! Elles mouraient au bout de 6 mois. Les pauvres, ce qu'on leur a fait subir… Ça ne coûtait rien à l'époque, peut-être 5 euros. » Aujourd'hui, certaines peuvent valoir près de 1 000 euros.

Une réglementation stricte

Cette différence de prix s'explique en partie par le durcissement de la réglementation. Un arrêté encadrant la détention de certaines espèces d'animaux non domestiques et leur élevage a été publié en 2004, puis mis à jour en 2018. Les contrôles administratifs sont devenus plus stricts et les conditions d'élevage renforcées. « Il existe beaucoup de vols. Les prix ont flambé », explique Chantal, qui souhaite rester discrète sur son nom et son lieu de résidence.

Fort heureusement, elle n'a pas été victime de vol. Elle tient beaucoup à ses tortues. Avant de quitter la Seine-et-Marne, elle avait un petit élevage de quatre adultes, mais ne vendait pas de bébés. Désormais, elle en fait commerce, mais jure : « Le but est juste d'équilibrer les frais de ma passion. » Sa dernière facture s'élevait à 1 100 euros, et chaque tortue lui coûte 60 euros de frais pendant deux ans (puce, vétérinaire, essence, électricité, impôts…).

Un élevage méticuleux

Elle prend soin de ses cinquante « loupiotes », des Boettgeri, comme si c'étaient ses bébés. Lorsqu'elles entrent en hibernation vers le 15 octobre, elle les place dans l'un de ses deux frigos, dans la chambre d'élevage. Quand les températures remontent vers 18 degrés, autour du 15 mars, elle les enterre dehors pour qu'elles remettent naturellement leur système en route. Vient ensuite la période de ponte. « C'est magique de voir ça. Elles cherchent l'endroit idéal, creusent un trou avec leurs pattes arrière et calent leurs œufs au fur et à mesure avant de les recouvrir de terre. Chaque tortue en fait cinq ou six. »

Elle récupère environ quarante œufs pour avoir une trentaine de bébés, qu'elle place au chaud dans des incubateurs sous lampe UV pendant soixante jours. « Puis, je les laisse quatre-vingt-dix jours dans la nature. » Chaque année, elle chouchoute une cinquantaine de petites tortues Boettgeri, qu'elle met en vente à 2 ans.

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Elle attend le spectacle de l'éclosion sous un olivier, dans le parc des naissances, à côté de six autres enclos dédiés aux différentes espèces : Hermanii de Corse, Boettgeri, étoilée d'Inde, une Américaine, les bébés d'un an et ceux de deux ans (recouverts d'un grillage pour éviter les pies). Au total, 100 m2 d'espace extérieur.

De la vente à la passion

Elle garde les tortues pendant deux ans avant de les vendre d'avril à début août. « On peut commencer dès un an, mais je trouve que c'est trop tôt. Les cuisses sont trop petites pour leur mettre une puce qui fait la taille d'un grain de riz. » Avant la séparation, elle organise un shooting photo, humidifie les carapaces pour les faire briller, puis publie le tout sur Internet. « Mes clients viennent du Nord, de Normandie ou de région parisienne. C'est normal puisqu'ici, il y a des tortues d'Hermann partout. »

Chantal se fait violence pour ne pas s'attacher à ses « loupiotes » et ne leur donne pas de nom. « Sinon, impossible de m'en séparer ! » Tous les jours, elle les nourrit d'herbes sauvages ramassées dans son jardin, « quand Patrice n'a pas tondu ». Elle passe deux heures à s'occuper d'elles, ou toute la journée s'il y a des tâches administratives. Pour identifier chaque carapace, elle fournit diplômes d'herpétologie, certificat de capacité, attestation d'ouverture d'établissement, certificat de marquage, papiers des parents… une dizaine de documents au total.

Mais la patience n'est pas un effort chez elle : c'est un mode de vie. « Je ne me lasse pas de les observer, j'y passerai ma journée ! Ce qui me ravit aussi, c'est que je transmets cette passion à mes enfants et petits-enfants. Ça me rassure sur l'avenir. Mes tortues me survivront ! »