Depuis l'été 2021, l'île de Porquerolles, dans le Var, limite à 6 000 le nombre de visiteurs quotidiens débarquant en juillet et août. Cinq ans après, le dispositif fait consensus parmi les acteurs locaux : collectivités, Parc national de Port-Cros, habitants et commerçants.
Un seuil fondé sur une étude scientifique
Le plafond de 6 000 visiteurs par jour a été déterminé à partir d'une étude menée en 2018 par le Parc national. Les questionnaires soumis aux touristes révélaient deux paliers critiques : jusqu'à environ 4 750 visiteurs, le niveau de gêne moyen reste limité à 26 % ; au-delà, l'insatisfaction progresse nettement, et à 6 000, plus d'un visiteur sur deux regrette son déplacement. Les motifs de mécontentement portaient notamment sur la cohabitation piétons-cyclistes, les plages surchargées et le manque de poubelles.
La régulation a été mise en œuvre via une charte des transports maritimes : 4 000 passagers par jour via le délégataire de service public au départ de Hyères, et 2 000 via les compagnies reliant l'île à La Londe, Le Lavandou ou Toulon. L'objectif était double : améliorer l'expérience touristique et réduire la pression sur l'environnement.
Des pics de saturation presque supprimés
Selon Grégory Audibert, premier adjoint à Hyères et vice-président de la Métropole TPM, « les résultats sont là. On a presque supprimé les pics de saturation ». En 2025, seules deux journées ont dépassé le seuil des 6 000 visiteurs, contre neuf en 2020. Il souligne aussi les bénéfices sur le continent : « moins d'embouteillages vers la Tour Fondue, moins d'attente avant d'embarquer et une meilleure qualité de visite. La contrainte devient finalement une garantie de qualité. »
Sophie-Dorothée Duron, directrice du Parc national de Port-Cros, partage ce constat tout en restant prudente : « Une fréquentation plus sobre a forcément des vertus pour l'environnement », citant le moindre piétinement des sentiers et la diminution de la pollution. Cependant, aucune donnée précise ne documente encore ces effets, un manque que le parc souhaite combler par une nouvelle étude.
Les habitants et commerçants satisfaits
Lola Sanchez, présidente du Comité d'intérêt local (CIL) et gérante d'une auberge, estime que « le dispositif était nécessaire, voire indispensable. Avant, ça pouvait être n'importe quoi et les visiteurs n'étaient pas contents ». Elle ajoute que l'enjeu désormais est la qualité de l'accueil : « Ce qu'il faut améliorer, ce sont les toilettes, les poubelles et la propreté. » Les commerçants consultés ne souhaitent pas revenir en arrière.
Vers un bilan et des évolutions
Les acteurs s'accordent sur la nécessité de réaliser un nouveau bilan selon trois critères, précise Sophie-Dorothée Duron : « l'impact sur les milieux naturels, la satisfaction des visiteurs et les conséquences économiques pour les commerçants et les professionnels de l'île ». Plusieurs pistes d'amélioration émergent déjà. Jean-Claude Buvat, adjoint spécial de Porquerolles, propose d'instaurer la même jauge pour les fortes affluences de l'Ascension et de la Pentecôte. Grégory Audibert ajoute les autres ponts de mai et évoque aussi la question des transports sur la presqu'île pour favoriser le bus vers la Tour Fondue. « On a tous à gagner à travailler sur un tourisme de qualité », conclut la directrice du Parc national.



