Maternité sous écrou : le quotidien des détenues mères de jeunes enfants
Maternité sous écrou : le quotidien des mères détenues

Près de 3.000 femmes, soit 3,5 % de la population carcérale, vivent actuellement dans les prisons françaises. Une infime partie d’entre elles sont accompagnées de leurs enfants en bas âge. La loi leur permet de garder leur bébé jusqu’à ses 18 mois si elles accouchent pendant leur détention ou juste avant. Début 2024, elles étaient 41, selon la docteure en sociologie Florence Lafine, qui cite les chiffres de l’administration pénitentiaire.

Un documentaire rare sur la maternité en prison

Le documentaire Maternité sous écrou, diffusé samedi à 21 heures sur Public Sénat, réalisé par Chloë Audrain et Nathaël Rusch, donne la parole à trois de ces femmes. Pendant 52 minutes, le film dévoile leur quotidien mêlé de craintes et d’espoirs, rythmé par les pleurs et les rires des bébés, mais aussi par les rendez-vous de réinsertion, les promenades entre quatre murs et l’enchaînement de portes closes.

Un tournage très encadré

Ce documentaire a nécessité une préparation minutieuse avec le ministère de la Justice. Les réalisateurs ont dû convaincre de l’intérêt du sujet. « Contrairement à notre premier documentaire sur le travail en prison, qui montrait une image plutôt positive de la détention axée sur la réinsertion, ils étaient moins enthousiastes pour la maternité, raconte Chloë Audrain. Nous leur avons expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un documentaire à charge, mais de montrer le quotidien de ces femmes et de leurs surveillantes. »

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Une fois l’autorisation obtenue, il a fallu négocier avec les directeurs des centres de détention. En France, seuls 25 établissements sur 188 sont équipés pour accueillir les mères et les enfants, soit 66 places au total, précise Florence Lafine. Les détenues y vivent dans des cellules mère-enfant ou parfois dans des unités nurserie.

Les réalisateurs ont dû se plier au cadre imposé par le ministère. « Ce sont eux qui choisissent les lieux de tournage et les femmes, avec leur accord, évidemment », précise la réalisatrice. Le tournage s’est déroulé entre 2024 et début 2025 dans trois centres pénitentiaires : Fleury-Mérogis (Essonne), Mulhouse-Lutterbach (Haut-Rhin) et Lille-Loos-Sequedin (Nord).

Des témoignages à visage découvert

Les réalisateurs ont rencontré trois femmes purgeant des peines courtes. Marie-Ange, 35 ans, doit accoucher pendant son incarcération et exprime son appréhension de donner naissance seule. Angélina, 23 ans, a appris sa grossesse un mois après le début de sa détention. Firiel, 20 ans, a accouché quelques mois plus tôt et a demandé à être incarcérée avec son nouveau-né.

Si Marie-Ange témoigne floutée, les deux autres apparaissent à visage découvert. « Même si nous comprenons parfaitement qu’elles ne veuillent pas être montrées pour éviter d’être reconnues, résumées à leur peine ou stigmatisées, nous souhaitions montrer le visage de ces femmes et de leurs enfants. Car les flouter systématiquement participe à la déshumanisation de la population carcérale », estime Chloë Audrain.

Devant la caméra, les trois femmes parlent sans filtre de leurs sentiments. « Elles étaient plutôt contentes de parler d’elles en tant que mères, de leur grossesse, de leur accouchement, du post-partum. Ce sont des questions qui ne leur sont pas vraiment posées en détention, ni parfois à l’extérieur. Une fois que l’on accouche, toute l’attention se porte sur le bébé et la mère passe au second plan », note la réalisatrice.

Elle ajoute : « En détention, c’est encore plus vrai. Comme le montre le film, tout est fait, dans la mesure du possible, pour le bien-être du bébé. La mère reste une détenue, donc les soins liés à la maternité sont réduits au minimum. »

Remettre des visages sur des numéros d’écrou

Maternité sous écrou met en lumière la grande solitude de ces femmes. Le récit de l’accouchement sous surveillance de Marie-Ange est particulièrement glaçant. Le film offre également une autre facette de l’univers carcéral, loin des représentations sensationnalistes habituelles.

« De nombreux documentaires police-justice sur la détention sont très sensationnalistes. Nous voulions remettre des visages et des parcours sur des numéros d’écrou », conclut Chloë Audrain.

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