Apprentissage du langage chez l'enfant : conseils d'une orthophoniste
Langage enfant : conseils orthophoniste

Du babillage aux premiers mots, l’apprentissage du langage est un phénomène progressif. Si chaque enfant a son propre rythme, les parents s’inquiètent souvent de la vitesse à laquelle leur enfant franchit cette étape cruciale de son développement. Alors que certains enfants prononcent près de 50 mots à 18 mois, d’autres n’en utilisent qu’une poignée.

Les premières étapes du langage

Sophie Gonnot, orthophoniste et formatrice, explique : « De la naissance à deux mois, un enfant pleure pour communiquer, modifie ses expressions, produit des petits sons et tourne la tête. Il commence à montrer qu’il est content. Entre six et dix mois, les bébés produisent de plus en plus de sons. » Au fil des mois, le bébé babille et prononce des syllabes simples. En voyant ses parents réagir, il comprend que ces sons ont du sens et provoquent une réponse. « C’est aussi pour cela qu’il commence à parler. Il ressent du plaisir à découvrir des sons et à jouer avec. Entre 12 et 20 mois, il commence à dire des mots », précise-t-elle. À 18-24 mois, il combine quelques mots, puis formule des phrases vers 3 ans.

Les erreurs à éviter

Pour accompagner l’enfant, la spécialiste met en garde contre certaines erreurs fréquentes. Quand l’enfant prononce mal un mot, il ne faut pas lui faire répéter la bonne forme. « Il faut observer son enfant, l’écouter et modéliser, c’est-à-dire lui donner le bon modèle verbal sans lui demander de répéter, en répétant le mot correct plusieurs fois », conseille-t-elle.

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Autre erreur : simplifier à l’excès le langage en utilisant des mots comme « susu » pour tétine, « dada » pour cheval ou « oua-oua » pour chien. « Les enfants sans problème doivent entendre en moyenne 13 fois un nouveau mot pour le comprendre et 24 fois pour le dire. Il n’y a aucun intérêt à donner un mot plus simple ; mieux vaut apprendre directement le mot précis », recommande l’orthophoniste. Les enfants imitent leurs parents, donc s’ils entendent des mots précis, ils feront de même.

Enfin, appauvrir le langage et le modèle verbal est une erreur. Il est important de beaucoup parler aux enfants, de décrire ce que l’on fait. « Quand vous faites les courses, décrivez les légumes que vous achetez, ceux que vous choisissez. De même, utilisez le mot précis pour les chaussures (baskets, bottines, ballerines), pour les meubles ou les vêtements. »

L’importance du pointage

Le langage émerge souvent quand l’enfant commence à pointer du doigt. « Ses parents nomment alors l’objet, en disant par exemple “Tu veux jouer avec le ballon ?” Le langage débute avec des prérequis comme le pointage. Vers 9-12 mois, l’enfant montre du doigt, regarde et porte son attention sur des objets », explique Sophie Gonnot. Cette phase mène à une explosion du vocabulaire entre 18 et 24 mois. L’enfant comprend d’ailleurs les mots avant de les produire, vers 8-9 mois.

Les boîtes à histoires

Les boîtes à histoires sont devenues courantes dans les chambres d’enfants. Elles diffusent des livres audio et utilisent des cartes et figurines pour rendre les histoires immersives. « Un enfant qui écoute des histoires est exposé à des millions de mots par an. La lecture d’un livre est aussi importante car elle implique la manipulation de l’objet, la découverte des images et un moment d’interaction familiale. Les boîtes à histoires ne doivent pas remplacer la lecture d’un livre. C’est un moment de partage : le parent peut mettre l’intonation ou ralentir sur certains mots. Ces supports sont formidables pour exposer les enfants au vocabulaire et à la construction des phrases. »

Conseils pratiques

Pour accompagner les enfants, il ne faut pas les noyer d’informations. Il faut leur parler en leur laissant le temps de répondre. Autre conseil : parler souvent en face-à-face pour que l’enfant voie la bouche de ses parents. Le langage s’inscrit dans un fonctionnement anatomique global. « En cas de retard de langage, il est intéressant de contrôler l’audition chez un ORL, de vérifier que les amygdales et les végétations ne sont pas trop grosses, ce qui pourrait gêner les mouvements de la langue. Il est aussi important de vérifier l’état des dents et la présence de caries », recommande la spécialiste.

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Les signes d’alerte

Certains signes doivent alerter les parents. « Il faut rester attentif au développement. Ne pas pointer et ne pas regarder peuvent être des indicateurs de troubles. Quand il n’y a aucun langage, on peut suspecter un trouble du langage ou d’autres troubles », alerte Sophie Gonnot. Les signes d’alerte varient selon l’âge : entre 6 et 12 mois, un bébé qui ne babille pas, ne sourit pas, ne regarde pas ou ne réagit pas aux bruits doit être surveillé. À 12 mois, consulter un spécialiste si le bébé ne pointe pas du doigt ou en cas d’absence de progrès. À 18 mois, s’inquiéter si aucun mot n’est prononcé ou en l’absence de gestes sociaux (bonjour, au revoir, bravo). À 24 mois, rester attentif si l’enfant ne semble pas comprendre, prononce peu de mots ou ne combine pas deux mots.

L’impact des écrans

Selon une étude parue en octobre 2025, la moitié des enfants de moins de 3 ans sont exposés régulièrement aux écrans. Avant 3 ans, l’exposition aux écrans est déconseillée, même en bruit de fond. « Les études sont contradictoires concernant les écrans. Une chose est certaine : une utilisation excessive est néfaste. Si un enfant passe sept heures devant un écran par jour, il y a forcément un problème. Aujourd’hui, certains parents disent que leur enfant sait faire des puzzles sur écran mais pas avec un puzzle physique », s’alarme l’orthophoniste. Les parents ont aussi un rôle : « Si vous regardez votre téléphone en donnant à manger à votre bébé, cela limite les interactions et risque de couper la communication. »