Huile de friture : une alternative au gazole, mais interdite
Huile de friture : une alternative au gazole, mais interdite

Face à la hausse continue des prix à la pompe, certains automobilistes se tournent vers une solution surprenante : l'huile de friture usagée. Si cette pratique artisanale existe, elle est officiellement interdite et ne concerne qu'un nombre très limité de véhicules. De plus, l'air fryer, de plus en plus présent dans les cuisines, réduit la disponibilité de ce précieux liquide.

Une pratique réservée aux vieux diesels

Seuls les vieux diesels, de préférence avec une injection indirecte et une pompe à injection Bosch, s'y prêtent vraiment. C'est le cas des Mercedes 190 ou des Peugeot 205 des années 1980-1990. Plus visqueuse que le gazole, l'huile alimentaire n'est pas bien tolérée par les injections directes des véhicules plus récents. « Il faut mettre les mains dans le cambouis et avoir un entretien bien plus régulier », explique un adepte.

Une méthode rudimentaire dans l'Ariège

Dans l'Ariège, Yann Deva fait partie de ces adeptes. Il explique avoir parcouru quelque 60 000 km à l'huile de friture. La méthode est rudimentaire : une fois l'huile récupérée auprès des restaurants, « on laisse décanter pendant quelques jours pour que tous les petits résidus aillent au fond », détaille-t-il. Elle est ensuite passée par des filtres d'un micron « pour pouvoir nettoyer toute trace de frite », avant d'être versée dans le réservoir en complément de gazole. Le dosage dépend de la saison, « 10 % à 20 % » en hiver (l'huile supporte mal les grands froids), et « jusqu'à 90 % » en été, assure Yann Deva.

Des sanctions douanières possibles

La pratique expose pour l'heure à des sanctions. Tout produit utilisé comme carburant est soumis à des taxes spécifiques. En cas de contrôle, les douaniers peuvent infliger des amendes aux particuliers qui y dérogeraient en s'approvisionnant eux-mêmes en huile usagée. Yann Deva invoque une « désobéissance légitime ». « Pour se faire choper, il faut vraiment ne pas avoir de chance ».

Un cadre légal en attente

Le cadre légal a pourtant évolué, avec l'autorisation sous conditions des huiles alimentaires usagées comme carburant dans la loi de finances 2023 portée par l'ex-député écologiste Julien Bayou. Mais près de quatre ans après, les textes d'application manquent encore. « En attendant, nous perdons une chance de garantir un peu d'autonomie énergétique, même si ce n'est pas la panacée », regrette l'ex-député. Il entend saisir le Conseil d'État.

En 2024, saisie sur un projet de décret, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait jugé les études sur les émissions de ces huiles rares et contradictoires. Elle suggérait de réserver l'huile à des « circuits de valorisation courts et spécifiques », comme les trains de tourisme ou certaines flottes dédiées.

L'idée ne date pas d'hier. Lors de l'Exposition universelle de Paris en 1900, un petit moteur diesel tournait déjà à l'huile d'arachide, à la demande du gouvernement français, selon Rudolf Diesel, l'ingénieur allemand éponyme.