Depuis près de trois ans, le « lac aux cygnes » de Breil-sur-Roya, dans les Alpes-Maritimes, n'avait plus de palmipèdes. Le lundi 17 août 2026, deux femelles orphelines, Zia et Sabryna, ont été relâchées sur la retenue d'eau, grâce à l'intervention du collectif Les Cygnes du littoral. Nées en mai 2026, elles avaient perdu leurs parents, Romeo et Juliette, percutés par un train près du parc de Vaugrenier.
La disparition des cygnes après la tempête Aline
Le maire de Breil-sur-Roya, Sébastien Olharan, explique que lors de la tempête Aline, le barrage est resté ouvert un mois. « Les cygnes ont fini par redescendre la rivière, retrace-t-il. Le problème, c'est qu'ils étaient éjointés ; ils ne pouvaient donc pas voler. Dans de tels cas, soit ils se font manger, soit ils ne peuvent plus remonter. » Leur sort n'a pas nécessairement été funeste : dans l'hypothèse la plus optimiste, ils ont peut-être fini à Vintimille, où la population de cygnes est particulièrement nombreuse.
Dans le passé, des sauvetages avaient déjà permis à des cygnes breillois de rejoindre la Siagne, à Mandelieu, ou la réserve naturelle l'Oasi del Nervia en Italie. Depuis cet épisode, la municipalité avait pour plan de leur trouver des remplaçants et de tout mettre en œuvre pour ne pas perdre les nouveaux venus. « Nous avons pris attache avec l'association Les Cygnes du littoral. Ce sont eux qui m'ont dit que la meilleure solution, c'était d'avoir des cygnes non éjointés, pour qu'ils puissent voler. Mais les élevages le font dès la naissance, c'est donc difficile à trouver », souligne l'élu.
Un abri sous le boulevard Rouvier
Autre difficulté pour s'en procurer : beaucoup d'individus ont été victimes d'une sorte de grippe aviaire en Europe de l'Est. La mairie souhaitait par ailleurs éviter d'installer un couple, par crainte qu'il y ait des bébés – la proximité du barrage représentant, pour eux, un réel danger. « Nous avons beaucoup cherché, et c'est finalement le collectif qui a repris contact avec nous. Par l'entremise de Laurence Sarfati – de l'association Nos zanimaux de la vallée de la Roya – et de Katia Piquet, élue déléguée à la protection animale. En mai, ils m'ont dit qu'ils sauvaient des cygnes et cherchaient parfois des endroits pour les placer », explique le maire.
Breil avait été ciblé par les bénévoles comme un lieu adapté. Quelques mois ont passé jusqu'à ce que, la semaine dernière, le maire obtienne confirmation d'un déménagement à venir. Deux cygnes, Sabryna et Zia, sont ainsi arrivées à Breil le lundi 17 août. Petit indice pour les différencier : Sabryna est la plus foncée des deux – même si elle deviendra blanche dès sa prochaine mue, au mois de juin. « Il y a eu une petite frayeur au début : elles ont commencé à remonter la Lavina. Puis elles se sont plantées au niveau du barrage quelque temps. Nous avons réussi à les faire remonter un peu. Maintenant, elles se planquent sous la voûte du boulevard Rouvier – ce qui est parfait », commente Sébastien Olharan, précisant qu'elles s'autorisent parfois une brève excursion.
L'histoire de Romeo et Juliette
L'histoire est d'autant plus belle que les premiers mois vécus par Sabryna et Zia sont particulièrement romanesques. « Le 1er mai 2026, la famille de Romeo et Juliette s'agrandissait à l'étang de Vaugrenier avec l'arrivée d'adorables boules de duvet, raconte Les Cygnes du littoral. Malheureusement, cinq jours plus tard un terrible drame frappait la famille. En quittant leur territoire, Romeo et Juliette traversaient la voie ferrée, face au parc, et se faisaient tour à tour percuter par des trains. » Sur les cinq bébés, deux ont pu être sauvés. Avant d'être pris en charge par la clinique vétérinaire de Lingostière, puis par le centre de soins « Instinct AniMal - SOS Faune Sauvage ».
« Il était temps que leur espace s'agrandisse et qu'elles redécouvrent les joies de la liberté ! Le relâcher a été cependant mouvementé car nos deux protégées ont été élevées à la manière de tout animal sauvage en centre de soins : avec le moins d'interaction humaine possible pour éviter l'imprégnation… », soulignent les bénévoles. Conscients des progrès déjà faits par les deux sœurs, pourtant stressées et timides. Pour les amadouer, les habitants sont invités à leur offrir un peu de salade ou de maïs. Mais surtout pas de pain. « Pensez à leur donner la nourriture dans l'eau, où il est plus naturel pour les cygnes de filtrer et où ils sont moins vulnérables », indique-t-on.
Un mystère à éclaircir
Un mystère reste néanmoins à éclaircir : et si Zia était en fait un mâle ? « Leur test ADN a été perdu par la Poste et le laboratoire est maintenant en vacances », glissent les membres du collectif. Aussi faudra-t-il attendre la rentrée pour connaître avec certitude le sexe des deux oiseaux. « Nous aurons du temps devant nous pour agir, si c'était le cas », rassure-t-on. Bien déterminé à éviter la consanguinité, et les risques pour les potentiels bébés.



