Chaque mercredi matin, au Pôle d'activités et de soins adaptés (Pasa) de l'Ehpad La Pierre de la Fée, à Draguignan, quatre résidents enfilent le tablier et confectionnent eux-mêmes leur repas. Encadrés par deux aides-soignantes, Céline et Maïté, ils préparent le déjeuner qui sera ensuite partagé avec six autres résidents autour d'une tablée de dix personnes.
Un atelier pour rompre l'isolement
Derrière chaque geste en cuisine se cache un objectif thérapeutique. L'atelier permet notamment de travailler la praxie, c'est-à-dire la capacité à réaliser des gestes coordonnés, mais aussi de renforcer l'estime de soi. « Si je suis là, c'est pour le moment qu'on partage ensemble », confie Élisabeth, une résidente, en épluchant des carottes. « Moi, vous savez, je n'aime pas trop faire la cuisine, et d'ailleurs je n'aime pas trop manger non plus. »
Rompre l'isolement est l'un des objectifs de cet atelier thérapeutique. « Et puis on vient aussi parce qu'elles sont très gentilles », ajoute-t-elle en parlant des aides-soignantes. « On a un rapport très particulier avec eux. On est deux pour dix-sept, donc on les connaît très bien, et c'est réciproque. Ils se confient à nous, ils nous font confiance. Et avec nos tenues roses, ils ne nous associent pas aux autres aides-soignantes, habillées en bleu », explique Maïté. Élisabeth confirme : « Si elles ne venaient pas me chercher tous les matins, je resterais dans ma chambre. C'est parce qu'elles sont là que je viens faire les activités, même quand je n'en ai pas envie. »
Travailler la praxie et préserver l'autonomie
Au Pasa, aucune activité n'est laissée au hasard. Les résidents du pôle vivent avec des troubles neurodégénératifs, et chaque atelier vise un double objectif : limiter le recours aux médicaments et préserver l'autonomie le plus longtemps possible. En cuisine, c'est la praxie qui est sollicitée. « Ce sont des gestes qu'ils ont fait toute leur vie, donc ils n'ont pas de mal à les refaire, ils s'en souviennent », explique l'équipe soignante.
Adeline, la doyenne de l'Ehpad âgée de 102 ans, ancienne couturière, a gardé une précision de gestes presque intacte : sous ses doigts, les oignons se transforment en petits cubes réguliers. « C'est vrai que je ressens parfois des douleurs aux poignets ou à l'avant-bras, mais c'est aussi ce qui est bien, ça nous permet de travailler nos gestes », dit-elle. Peu amatrice de cuisine, elle enfile pourtant tablier et gants, règles d'hygiène obligent, avant de se mettre au travail. « Je n'aime pas cuisiner mais j'aime manger alors… »
Favoriser l'estime de soi
Colette, 77 ans, ancienne gérante d'un restaurant semi-gastronomique à Paris, met tout son cœur en cuisine. Découpe des courgettes, marinade du poulet, préparation du dessert : elle est sur tous les fronts. « Il me faut du miel ! » lance-t-elle. « Allez, du miel pour la petite ! » Longue robe rose, paupières pailletées et boucles d'oreilles colorées, Colette est la coquette de l'Ehpad. « On n'a que ça à faire, alors j'aime bien prendre soin de moi », se réjouit-elle. « Et ça aide aussi pour l'estime de soi », complète Maïté.
Car l'estime de soi fait elle aussi partie des objectifs de l'atelier. « On doit savoir ce qu'ils sont capables de faire, pour ne jamais les mettre en difficulté et qu'ils aillent au bout de quelque chose. Il faut que ce soit gratifiant pour eux », explique Maïté. Pour évaluer si un résident est en état de participer, Céline s'appuie chaque matin sur la toilette thérapeutique, pensée pour que chacun se lave dans la plus grande autonomie possible. « Si je vois qu'un résident est capable de se nettoyer le visage seul, je sais qu'il sera en capacité de participer à l'atelier culinaire ensuite », précise-t-elle.
Pendant que le plat mijote, un gâteau à l'abricot et à la pomme est préparé avec attention. Une fois les fruits coupés et ajoutés à la préparation, c'est l'heure de déjeuner. Autour de la table, ils sont désormais douze, aides-soignantes comprises, à ponctuer doucement la conversation. « Au début, le silence nous faisait bizarre, confie Maïté. Ils sont toujours très contents de se retrouver, mais ils ne se parlent presque pas et ça ne les dérange pas, bien au contraire. Avec l'âge ils sont devenus assez solitaires. » Une assiette posée devant chacun, la dégustation peut enfin commencer. « Mmmh, il est très bon ton poulet, Colette ! »



