Barjac, pionnier du bio en Cévennes : seize ans de cantine 100% biologique et locale
Barjac, 16 ans de cantine 100% bio en Cévennes

Barjac, un village cévenol en avance sur son temps pour l'alimentation scolaire

Dans le petit village de Barjac, niché au pied des Cévennes dans le Gard, une révolution alimentaire est en marche depuis seize ans. La cantine scolaire, ou "restaurant scolaire" comme on le nomme localement, sert exclusivement des repas bios, faisant de cette commune de 1 600 habitants une figure de précurseur en matière d'alimentation saine pour les enfants.

Un engagement politique précoce et assumé

Dès 2005, bien avant les lois récentes sur l'alimentation, Barjac a pris le virage du bio. Le maire Édouard Chaulet, en poste depuis trente-deux ans, explique cette décision par une conviction profonde : "Mes parents qui s’enlevaient la viande de la bouche pour la donner à leurs sept enfants m’ont appris que nourrir c’était aimer". Cet élu, se décrivant comme un "écommuniste" tendance bio, compare sa conversion à celle de Paul de Tarse, un engagement personnel et social transformateur.

Le passage au bio a été une œuvre collective. Aline Guyonnaud, diététicienne et première adjointe, a convaincu le conseil municipal, tandis qu'Alain Raybaud, ancien cuisinier et membre du Civam, a facilité des projets agricoles locaux. Le réalisateur Jean-Paul Jaud a médiatisé cette initiative dans son documentaire Nos enfants nous accuseront, amplifiant son impact.

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Un coût élevé mais justifié par des valeurs

Le bio a un prix, mais la commune l'assume pleinement. Chaque jour, 250 repas sont servis à un coût de 9 euros chacun, facturés seulement 2,50 euros aux familles. La cantine représente un budget annuel de 300 000 euros, partiellement couvert par les paiements des parents (100 000 euros) et le portage de repas aux personnes âgées (90 000 euros). Le reste, environ 120 000 euros, est pris en charge par le budget communal.

"Les enfants mangent bio, et nous, on bouffe de l’argent", commente le maire avec humour, mais il revendique ce choix politique. Pour lui, investir dans une alimentation saine est aussi essentiel que construire un rond-point, une dépense publique justifiée par ses bénéfices à long terme.

Une éducation alimentaire intégrée à la vie scolaire

À Barjac, le bio ne se limite pas à l'assiette. Les enfants sont servis à table, où le chef annonce le menu, favorisant le respect des aliments et des autres. Ils participent avec leurs parents à la cueillette des olives sur les 250 oliviers communaux, produisant 40 litres d'huile utilisée à la cantine. Un potager bio et un poulailler seront réinstallés dans la cour après des travaux de rénovation, renforçant le lien entre production et consommation.

Les légumes viennent de Belvézet et Salavas, l'agneau de Tarascon, et le pain rascaillou est livré par une boulangerie du village. Cette approche locale réduit l'empreinte carbone et soutient l'économie régionale.

Des projets ambitieux pour l'avenir

Seize ans après, Barjac ne s'arrête pas en si bon chemin. La commune envisage de créer une régie publique paysanne et de planter 5 hectares d'arbres fruitiers pour produire elle-même ses aliments, optimisant les circuits courts. En partenariat avec la Foncière Terre de liens, elle souhaite développer l'installation de paysans bios sur son territoire. Déjà, un éleveur local a acquis une yaourtière grâce à la mairie, s'engageant à fournir des yaourts bios à la cantine.

Le maire Édouard Chaulet résume sa philosophie : "José Bové a voulu démonter un Mac Do, moi je veux les attaquer en détournant leur clientèle. C’est beaucoup plus long, mais seule une bataille qu’on n’entreprend pas est perdue". Il critique aussi les normes hygiénistes excessives, défendant une approche plus naturelle et éducative.

À Barjac, la cantine bio est bien plus qu'un service : c'est un combat permanent pour la santé, l'éducation et l'environnement, prouvant que les petites communes peuvent mener de grandes révolutions alimentaires.

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