8 heures de sommeil : un mythe inventé par une entreprise de matelas ?
8 heures de sommeil : un mythe inventé par une entreprise ?

Huit heures. Ce chiffre revient régulièrement sur la table lorsqu’il est question du temps de sommeil. Mais d’après des publications virales sur X, l’une en anglais, l’autre en français, ce chiffre serait « le mensonge le plus dangereux de l’histoire humaine ». Il aurait été « inventé en 1938, par une entreprise de matelas », nommée Simmons Beautyrest. Pour cela, l’entreprise aurait « engagé un psychologue nommé Dr Nathaniel Kleitman, pour prouver que 8 heures consécutives étaient la norme biologique ». Celui-ci aurait même « falsifié des études ». « Toute une génération » aurait ensuite été « endoctrinée » par l’idée « que seules 8 heures de sommeil continu étaient saines ».

Une moyenne, pas une norme absolue

Avant d’entrer dans les détails, il est utile de préciser que ce chiffre de 8 heures de sommeil est « une moyenne ». « Une moyenne qui semble raisonnable, mais il y a une très grande variabilité entre les individus », précise Armelle Rancillac, chercheuse en neurosciences au Collège de France et membre du conseil scientifique de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV). « Certaines personnes ont besoin de dormir moins que 8 heures, d’autres plus », poursuit-elle. « C’est à chacun de faire en fonction de ses besoins ».

Les incohérences des publications virales

Revenons aux erreurs faites dans les publications. Commençons par l’entreprise Simmons. Selon les archives de l’institut américain The Smithsonian Institution, cette entreprise de matelas a bien financé des recherches scientifiques sur le sommeil, mais par l’intermédiaire de la Sleep Research Foundation, créée en 1946, et non en 1938.

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L’expérience de Nathaniel Kleitman en 1938

Seconde incohérence : l’année 1938 associée au professeur Nathaniel Kleitman. Cet ancien physiologiste américain à l’université de Chicago est « considéré comme l’un des pionniers de la recherche » sur le sommeil, nous indique Armelle Rancillac. S’il a bien effectué une expérience en 1938, celle-ci ne portait pas sur la durée de sommeil mais sur le rythme biologique. « Sortir ce nom n’a aucun sens quand on parle de durée de sommeil », réagit Pierre Hervé Luppi, chercheur au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

Cette année-là, dans le cadre de l’expérience Mammoth Cave, Nathaniel Kleitman s’est enfermé dans une grotte. « L’objectif était de tester si, en s’affranchissant de tout changement de lumière, l’humain pouvait vivre sur un rythme de 28 heures plutôt que 24 », résume Armelle Rancillac. « Il y avait alors dix heures de travail, neuf de loisirs, et neuf autres de sommeil ». Cela lui a permis d’observer que le corps humain continuait de vivre selon un rythme biologique de 24 heures. « C’est le premier à avoir montré qu’il y a une horloge interne en nous », conclut la chercheuse. « C’est à partir de ce moment-là où les chercheurs se sont davantage interrogés sur le sommeil. » Les conclusions de cette expérience seront publiées en 1939, dans l’ouvrage Sleep and Wakefulness.

Une origine bien antérieure

Autre point, « ce chiffre » de 8 heures de sommeil est apparu pour la première fois au tout début du XIXe siècle, bien avant la date indiquée dans les publications X. Il n’a donc pas pu être « inventé en 1938 par une entreprise de matelas ». En pleine révolution industrielle, l’industriel gallois Robert Owen propose de découper une journée en trois tranches de huit heures, l’une d’entre elles étant réservée au travail à l’usine. Un slogan fait alors son apparition : « 8 heures de travail, 8 heures de loisir et 8 heures de sommeil ».

Conclusion

Les affirmations virales sont donc infondées. Le mythe des 8 heures de sommeil n’a pas été inventé par une entreprise de matelas, mais trouve son origine dans des revendications sociales du XIXe siècle. La recommandation de 8 heures reste une moyenne, et chacun doit adapter son sommeil à ses besoins individuels.

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