Des femmes investies dans les métiers de l'eau et de la pêche
Autour des milieux aquatiques et de la pêche, les métiers et les postes à responsabilité se déclinent désormais au féminin. L'initiative « Donner des Elles aux poissons » illustre cette tendance. Ghislaine Avinent, directrice de la Fédération de pêche de Lot-et-Garonne, a souhaité partager un contre-exemple à la rareté des femmes dans les métiers scientifiques. En effet, elles sont nombreuses à occuper des postes à responsabilité dans le secteur de l'hydrobiologie, prouvant qu'il existe localement un avenir pour elles.
Une plaquette pour promouvoir les carrières scientifiques féminines
De ce constat est née une plaquette intitulée « Donner des Elles aux poissons », réalisée dans le cadre d'un appel à projet Culture scientifique de Nouvelle-Aquitaine. Selon la directrice, cet appel vise à « faire rentrer les femmes dans les filières scientifiques ». Ghislaine Avinent souligne que « sur tout ce qui est physique et mathématique, il y a un grand déficit d'engagement des jeunes filles, même si en biologie il y a davantage de mixité. Le métier du poisson et le lien avec la pêche sont majoritairement masculins (93 % des pêcheurs lot-et-garonnais sont des hommes), mais nous avons une dizaine de femmes qui travaillent autour du poisson en Lot-et-Garonne. »
Six hydrobiologistes témoignent
Six d'entre elles s'expliquent dans cette brochure : Christelle Pezet et Juliette Kordek (Réserve naturelle de la frayère d'alose), Anne Soulard (Migado), Élise Meyer, Marjolaine Bourdie et Ghislaine Avinent (Fédération de pêche 47). Leur mission est de faire connaître la faune et les méthodes scientifiques pour explorer le monde invisible des espèces aquatiques. Christelle Pezet raconte : « J'avais un attrait pour les milieux aquatiques, mais les poissons sont devenus une vocation lors d'un stage à la Fédération. » Avec sa collègue Juliette Kordek, elle passe des nuits blanches à comptabiliser les bulls des aloses en période de reproduction.
Juliette Kordek explique : « Je voulais intégrer une classe pour la préparation au concours vétérinaire, puis j'ai hésité entre les neurosciences et l'environnement. Plutôt que de faire des expérimentations douteuses sur les animaux, j'ai préféré me diriger vers leur protection. Quand un ami m'a parlé de compter les poissons la nuit, je suis tombée amoureuse de ce métier après un stage à Migado. » Ghislaine Avinent, quant à elle, déclare : « J'ai bifurqué vers l'écologie, rencontré le conseil de la pêche (devenu l'OFB), et suivi une spécialité en hydrobiologie au moment où émergeaient les métiers de l'environnement. Je fais partie de la génération des pionnières. »
Des métiers porteurs de sens
Toutes ces femmes veulent promouvoir ces métiers auprès des jeunes lycéennes. Ghislaine Avinent insiste : « Ce sont des métiers qui ont du sens, ce qui est important pour des jeunes, et nous semons des petites graines. » Les débouchés sont nombreux : associations de protection de la nature, bureaux d'études privés, recherche, administration, gestion des espèces ou des sites protégés. « On nous sollicite dès qu'il y a des travaux où l'on doit savoir si on ne détruit pas la nature. Les hydrobiologistes savent manier les indicateurs », ajoute-t-elle.
Des stéréotypes en voie de disparition
La préface de la plaquette est signée par Élodie Galko, directrice générale de l'Agence de l'eau Adour-Garonne. Le Lot-et-Garonne fait figure d'exemple avec une bonne proportion de femmes à des postes clefs en environnement. Jean-Louis Molinié, président de la Fédération de pêche 47, confirme : « Ce qui bloquait, auparavant, c'étaient les stéréotypes qui réservaient certains métiers à des hommes, sans compter le plafond de verre empêchant l'accès des femmes à des postes de direction. »
Gilles Bœuf, biologiste renommé, a salué l'initiative et rédigé des réflexions pour la brochure. Selon lui, « cela redonne aussi du sens aux filières scientifiques de proximité. »
Un engagement au lycée Bernard-Palissy
Emmanuel Volpato, proviseur du lycée Bernard-Palissy à Agen, s'engage pour casser les stéréotypes. « Les filles sont aussi bonnes scientifiques que les garçons, mais elles se font plus rares à partir de la terminale. On reste sur des mentalités où les mathématiques sont pour les papas et le littéraire pour les mamans. Les filles vont plutôt vers la santé, pas vers la physique fondamentale. Ces schémas se reproduisent, et nous voulons les casser. »
Le lycée, labellisé E3D (établissement en démarche de développement durable), a accueilli Gilles Bœuf dans son auditorium. « Il a donné un message d'espoir aux jeunes : on a encore la main si on a la connaissance de ce qui nous entoure, on a la possibilité d'agir », se réjouit le proviseur.



