De la publicité aux vignes : le pari réussi de Lidewij van Wilgen à Murviel-lès-Béziers
En mars, Midi Libre met en lumière des parcours de femmes entrepreneures inspirantes. Parmi elles, Lidewij van Wilgen, une Néerlandaise d'origine mais murvielloise de cœur, qui a radicalement changé de vie en 2002. Elle a abandonné son poste de directrice stratégique dans la publicité à Amsterdam pour reprendre un domaine viticole à Murviel-lès-Béziers, dans le Languedoc. Plus de vingt ans plus tard, son audace a porté ses fruits : Terre des Dames est devenu un domaine biologique reconnu, exportant une grande partie de sa production.
Un changement de vie radical
À première vue, rien ne destinait Lidewij van Wilgen à la viticulture languedocienne. Originaire des Pays-Bas, elle travaillait dans le secteur publicitaire lorsqu'à trente ans, elle a ressenti un besoin impérieux de changement. "Je me suis dit que je pouvais passer encore vingt ans à faire la même chose… ou changer radicalement", confie-t-elle. Avec son mari de l'époque, le projet a pris forme : vivre à la campagne et exercer un métier manuel. Le couple a choisi le Languedoc, présenté alors comme une nouvelle terre du vin en France, plus ouverte et libre que d'autres régions viticoles.
Seule à porter l'aventure
Très rapidement, Lidewij van Wilgen s'est retrouvée seule à porter cette aventure ambitieuse. Arrivée en 2002 avec ses trois filles, dont un bébé de quelques mois, elle a enchaîné deux années de formation intensive en viticulture-œnologie, tout en gérant le domaine et les travaux de la maison. "Avec le recul, je ne sais pas comment j’ai fait !", avoue-t-elle aujourd'hui. Cette période a été marquée par des défis immenses, mais sa détermination a été sans faille.
Terre des Dames : un domaine bio et respectueux
Aujourd'hui, Terre des Dames s'étend sur 13 hectares en production, répartis en 25 petites parcelles au nord de Murviel-lès-Béziers. Dans cette vallée, la vigneronne entretient un lien étroit avec son environnement. Le domaine est certifié bio depuis 2009, un choix qui s'est imposé naturellement. "Je n’avais aucune envie de mettre des produits toxiques sur mes terres", explique-t-elle, évoquant également les sources d'eau du domaine et la présence de ses enfants. Les vendanges se font à la main et les rendements sont volontairement limités pour préserver l'expression authentique du terroir.
Des cépages de prédilection et une reconnaissance internationale
Parmi ses cépages favoris figure le grenache blanc, qu'elle vinifie seul, une pratique rare dans le milieu. Elle l'élève soit en amphore, soit en barrique, cherchant toujours à optimiser la qualité. Actuellement, le domaine exporte près de 60% de sa production, dont 20% vers les Pays-Bas, son pays d'origine. Ses cuvées sont présentes sur de belles tables, y compris dans certains restaurants triplement étoilés, témoignant de l'excellence de son travail.
Le défi d'être une femme dans le monde du vin
À ses débuts, être une femme à la tête d'un domaine viticole n'allait pas de soi. "Quand un fournisseur arrivait, il demandait souvent si le patron était là…", se souvient-elle. Vingt-quatre ans plus tard, le regard a évolué, même si les femmes restent minoritaires dans ce secteur. Dans son parcours, le réseau Vinifilles a joué un rôle essentiel. "Nous sommes un groupe de femmes engagées qui se soutiennent et partagent leur savoir-faire", souligne-t-elle.
Un avenir prometteur et une fierté personnelle
Entourée de sa petite équipe, Lidewij van Wilgen continue de faire évoluer le domaine, avec l'ambition de renforcer la biodiversité et d'améliorer encore ses vins. Sa plus grande fierté ? "Beaucoup disaient qu’une femme seule avec trois enfants ne tiendrait pas. Je l’ai fait !" Ses filles, aujourd'hui adultes, restent très attachées au domaine et envisagent même de prendre un jour la suite toutes les trois, assurant ainsi la pérennité de cette belle aventure familiale et entrepreneuriale.



